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La revue de presse mensuelle et gratuite sur la forêt et la nature

Juillet 2020, la Suisse enregistre de nombreux signalements de mélèzes dont les aiguilles dépérissent. Sur le rang des accusés : des champignons, des pucerons, les gelées tardives et la sécheresse.

Le champignon Meria laricis a été le premier suspect. Mais ce n’est pas lui qui a été retrouvé dans les aiguilles des mélèzes atteints. Un autre champignon a été isolé : Sydowia polyspora. Dans la majorité des cas cependant, il n’est pas la cause directe du dépérissement, mais un parasite de faiblesse, responsable de la mort des aiguilles de l’année. Un autre champignon :  Hypodermella laricis. Il peut infecter les aiguilles lors des pluies printanières.

Les mélèzes ont également été attaqués en 2020 par le puceron des aiguilles du mélèze (Aldelges geniculatus). La succion endommage les aiguilles, qui jaunissent puis tombent, mais également les bourgeons, qui donneront des rameaux mal formés. Cette espèce de puceron est souvent présente en forte densité sur plusieurs années.

Le mélèze est également sensible aux gelées tardives : les longues pousses sont touchées juste après le débourrement. Et finalement, le mélèze est impacté par le stress hydrique provoqué par les sécheresses. L’arbre affaibli devient sensible aux parasites secondaires.

La végétalisation des villes est un enjeu majeur de notre société car elle permet de lutter contre les îlots de chaleur, la pollution sonore, les particules fines et de renouer avec la nature. Mais cela demande des moyens humains et financiers importants. C’est dans ce contexte que le botaniste japonais Akira Miyawaki a développé le concept de « microforêt ». L’idée est de recréer rapidement un écosystème forestier en plantant de façon très dense (3 plants par mètre carré) des essences locales en évitant toute intervention humaine. Cependant plusieurs problèmes se posent : tout d’abord en plantant dense et en évitant toute intervention humaine, on va soumettre les plants à une forte concurrence. De ce fait, certains en sortiront effectivement vite grandis mais une majorité dépérira (61 à 84 % de mortalité après 12 ans). Ensuite et surtout, une microforêt n’est pas réellement une forêt, qui se définit par la présence d’arbres mais aussi par les différentes interactions qui caractérisent son écosystème. La taille d’une forêt a un impact important sur son fonctionnement et la biodiversité qu’elle abrite. La microforêt constitue une bonne façon de revégétaliser les villes et de reconnecter l’humain à la nature mais il est exagéré, voire dangereux, de parler de forêt et il faut à tout prix éviter de tomber dans le piège du greenwashing de sociétés peu scrupuleuses qui vendraient cette méthode comme une solution miracle.

 

La Suisse a connu une modification profonde du système économique à la fin du 19e siècle. Le transport, par bateaux à vapeur et surtout chemins de fer, permet les importations à large échelle. À ce moment, les prix du marché mondial deviennent la référence alors que jusque-là le marché intérieur prévalait.

Le marché du bois est chamboulé et incite les producteurs à s’associer au début du 20e siècle. Durant les années ’40-45, l’industrie récolte chaque année 140 % du volume acheté avant-guerre. Des prix maximum sont alors fixés et l’approvisionnement national devient une priorité en temps de guerre.

Une fois la guerre finie, les aléas climatiques comme les tempêtes et les sécheresses entraînent des variations importantes du prix du bois. Les propriétaires sont désormais confrontés à un problème important : le prix de l’épicéa ou du sapin étaient plus élevés en 1960 qu’en 2021, alors que l’inflation s’est accrue de 300 % et que les salaires réels ont été multipliés par trois ! Les coûts d’exploitation sont par conséquent de plus en plus difficiles à couvrir.

Il n’est pas rare d’observer des différences assez fortes dans la phénologie des arbres d’une même espèce au sein d’un peuplement. Ainsi, la date de débourrement peut s’étaler sur 10 à 20 jours entre individus d’une même espèce. Loin d’être anodine, cette variabilité interindividuelle peut influencer les performances et la résilience de l’arbre mais aussi le développement de la végétation du sous-étage ainsi que les dynamiques et la distribution spatiale des herbivores.

Une étude a été menée en Belgique sur trois essences à feuilles caduques : le chêne pédonculé, le hêtre et le bouleau verruqueux. Durant une année, les chercheurs ont suivi la phénologie des feuilles et de la production de bois pour ces trois espèces.

Les résultats ont montré que la variabilité de période de débourrement entre individus était corrélée à la phénologie de l’automne qui précédait (début de la sénescence des feuilles et arrêt de la production de bois) ainsi qu’à la taille des arbres, mais avec des différences importantes entre espèces.

Chez le chêne, une sénescence tardive des feuilles en automne entraînait un débourrement tardif au printemps suivant. Pour le hêtre, la période de débourrement était d’autant plus précoce que la production de bois s’était terminée tôt dans la saison et que l’individu était de grosse dimension. Le bouleau, par contre, débourrait d’autant plus tard qu’il était de grande taille.

Ces résultats améliorent notre compréhension de la phénologie et du fonctionnement individuel des arbres, ainsi que de la relation entre les dynamiques de printemps et d’automne.

Depuis avril 2019, en France, un protocole encadre le souhait des entreprises de financer des projets de compensation carbone en forêt : c’est le label Bas-Carbone. L’idée des initiateurs était de proposer aux entreprises des projets locaux, vertueux en stockage de carbone, loin des plantations anonymes à l’autre bout de la planète.

Le référentiel, approuvé par le Ministère de la transition écologique, prévoit pour le moment trois méthodes forestières éligibles au label : le boisement de terres agricoles et de friches, la reconstitution de forêts dégradées et la conversion de taillis en futaies. Ces méthodes permettent de fixer clairement les règles pour obtenir le label : montrer l’additionnalité du projet (c’est-à-dire aller au-delà de la réglementation et de la pratique courante), respecter ses critères d’éligibilité, prendre en compte le risque de non-permanence du carbone, calculer des réductions d’émissions, suivi et vérification du projet…

Pour les propriétaires forestiers privés, c’est l’occasion de voir leurs projets de reboisement financés à hauteur de 60 à 80 %. Ils s’engagent à ne pas changer de type de sylviculture pendant 30 ans et doivent garantir l’existence de 900 plants par hectare au bout de 5 ans (hors feuillus précieux et peupliers).

L’emballage léger en bois serait-il la solution face aux lois visant à supprimer les contenants plastiques, notamment dans le secteur alimentaire ? C’est ce que pense certains industriels de l’agroalimentaire français qui remplacent à grande échelle leur PVC par des barquettes en peuplier. Un nouveau type de demande pour le secteur de l’emballage bois, qui consomme plus de 500.000 m3 de grumes chaque année, presque uniquement du peuplier. En effet cette essence, au cycle de production court (+/- 15 ans), permet une relative flexibilité. Le syndicat des emballages légers en bois aimerait encourager la plantation de peupliers pour répondre à un éventuel boom de la demande ces prochaines années.

Reste encore à créer une solution de recyclage de ces contenants lorsqu’ils arrivent en fin de vie. Surtout lorsqu’ils sont enduits d’un vernis de plastique, comme c’est le cas actuellement.

Le tilleul à grandes feuilles, une essence native d’Europe mais pourtant assez rare en milieu forestier, présente un grand intérêt face au changement climatique pour plusieurs raisons. Premièrement, grâce à un enracinement pivotant très puissant lui permettant de prospecter le sol pour l’eau et les nutriments même sur zones très rocheuses (où on le retrouve régulièrement) mais aussi grâce à sa bonne résistance à la sècheresse estivale. C’est une essence tolérante à l’ombrage mais qui se régénère parfois difficilement, surtout en présence d’une forte densité de la faune (abroutissement par le chevreuil notamment).

Il est utile à la biodiversité pour le réel garde-manger qu’il représente : sa sève et ses fruits pour les oiseaux, ses fruits pour les rongeurs, son énorme production nectarifère pour l’entomofaune. Il est aussi très longévif. Son bois a aussi plusieurs intérêts de par ses vertus médicinales et sa tendreté, permettant d’être facilement cintré et sculpté.

Le tilleul à grandes feuilles s’hybride avec son homologue à petites feuilles et d’autres espèces mais cela n’a généralement pas un impact sylvicole important.

Le collectif « Stop aux dérives de la chasse » vient de publier un livre blanc reprenant les revendications et demandes précises, notamment de revoir la loi sur la chasse. Les trois axes des revendications sont :

1. Limiter l’impact de la chasse sur la biodiversité.

2. Faire adopter une attitude éthique de chasse qui respecte le bien-être et la sensibilité animale.

3. Minimiser l’emprise de la chasse sur la multifonctionnalité des espaces naturels.

Le livre blanc fait le constat de la totale inadéquation entre la récente législation sur le bien-être animal, qui considère les animaux sauvages comme des « êtres sensibles », à qui la loi reconnaît des droits, et la loi sur la chasse de 1882 devenue aujourd’hui obsolète. Il plaide pour une loi de régulation des populations animales dans le plus grand respect de ceux-ci.

Il pointe en particulier trois aspects de la chasse actuelle qui sont en désaccord avec le statut d’être sensible des animaux :

• L’autorisation de lâchers de petits gibiers et gibiers d’eau, sous le faux vocable de « gibier de repeuplement » qui ne sont en fait que des cibles vivantes.

• Nourrir et entretenir artificiellement des surpopulations de sangliers pour les tuer ensuite par hobby, alors que cette présence massive met en péril la biodiversité et la régénération des forêts.

• Tolérer les battues à cor et à cri qui engendre des tirs approximatifs sur des cibles mouvantes (6-7 balles en moyenne par animal), engendrant blessures et souffrances, alors que le code wallon sur le bien-être animal impose des normes qui ne permettent de ne tuer un animal que de manière sélective, efficace et la moins douloureuse et stressante possible.

Il existe de nombreux débats sur les successions forestières dans les forêts primaires, en particulier en ce qui concerne la prévisibilité du développement forestier et les différents mécanismes qui régissent l’évolution forestière. Les études de l’évolution d’un peuplement portant sur plusieurs décennies sont rares, d’autant plus lorsqu’il s’agit de peuplement de fin de succession forestière.

Mais pour les forêts de Bialowieza, il existe des données sur 80 ans (1936-2012). L’analyse de celles-ci montre que :

• Les communautés forestières de fin de succession de Bialowieza ont considérablement changé au cours des huit dernières décennies. Elles sont donc clairement dynamiques et ne présentent pas de quasi-équilibre souvent supposés pour les forêts anciennes.

• Certaines espèces (peuplier tremble, bouleau, pin, chêne, frêne, érable et épicéa) montrent une forte diminution, tandis que d’autres espèces telles que le charme et le tilleul gagnent en importance.

• Les différences entre les différents types de forêts s’atténuent avec le temps et en l’absence de perturbations majeures, les chercheurs s’attendent à observer une homogénéisation continue de la forêt au cours des prochaines décennies.

«Les chênes ont pu recoloniser rapidement toute l’Europe après les dernières glaciations grâce à des stratégies efficaces : dissémination des glands par les geais, hybridation entre espèces, points de recolonisation. Le chêne pubescent a profité de cette diffusion, et on peut chercher aujourd’hui à favoriser son expansion vers le Nord en s’appuyant sur ces stratégies naturelles. En effet, le caractère thermophile du chêne pubescent est peut-être une solution face au changement climatique qui affecte de plus en plus les chênes pédonculés et sessiles.

Interview d’Alexis Ducousso, chercheur à l’Inrae, pour le projet ConQueth du CNPF. »