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La revue de presse mensuelle et gratuite sur la forêt et la nature

Planter des jeunes plants en groupes denses et espacés sur la parcelle : il s’agit de la technique de la plantation par nids ou en points d’appui (Nesterpflanzung en allemand), une méthode qui séduit de plus en plus de gestionnaires et de propriétaires forestiers privés. Elle offre une alternative à la plantation en plein, en étant économiquement plus avantageuse et plus résistante face aux aléas climatiques, et favorisant la diversification forestière.

Très adaptée aux parcelles à reboiser ou après une coupe rase, la plantation par nids consiste à regrouper des jeunes plants en « nids » de façon dense (de 5 à 25 plants par nid tous les 0,7 à 2 mètres, parfois plus pour les configurations les plus sélectives). Les individus, contraints de cohabiter en proximité étroite avec leurs voisins, s’auto-éduquent et s’auto-élaguent, favorisant ainsi la compétition et la sélection naturelle entre les individus. Les nids sont espacés de 10 à 20 mètres les uns des autres sur la parcelle. Sur une surface d’un hectare, une vingtaine de nids allant de 4 à 50 m² sont souvent installés, avec une densité de plantation pouvant atteindre 14 000 plants au sein de ces îlots. Quant au large espacement entre les nids, il permet le libre développement de la régénération naturelle et de la diversité spontanée, ouvrant la voie à une production intermédiaire.

Outre son intérêt pour la diversité forestière, la plantation en points d’appui présente un avantage économique et en simplifie sa gestion, comme présenté dans le numéro 687 de Forêts de France. Une production d’arbres de qualité comme le chêne et le hêtre est privilégiée, pouvant s’accompagner d’autres essences comme le charme, le bouleau ou le robinier. Sans exclure un suivi sylvicole rigoureux, cette méthode permet une gestion de la parcelle simplifiée et limitée : la concentration des plants et la concurrence naturelle entre les individus réduisent la surface à préparer et les travaux d’entretien au sein des îlots. Résultat : les coûts de préparation à la plantation et d’entretien à l’hectare sont divisés par trois par rapport à une plantation classique (moins de 1700€ hors TVA pour 25 groupes de 13 chênes en placeaux de 9 mètres, contre près de 4800€ hors TVA en plantation en plein).

Une étude menée dans des hêtraies du sud de l’Italie évalue l’impact du trafic des engins d’exploitation sur les propriétés physiques du sol et la biodiversité des microarthropodes, avec un suivi de la restauration sur 5 ans. Trois types de sites ont été comparés : récemment exploités (2021), exploités 5 ans auparavant (2017) et témoins non perturbés depuis plus de 40 ans. Les prélèvements distinguent systématiquement les cloisonnements d’exploitation des zones adjacentes non soumises au trafic des engins.

Les résultats sont sans équivoque : immédiatement après exploitation, la densité apparente augmente de 19 % et la résistance à la pénétration triple. L’indice de qualité biologique du sol par les microarthropodes (QBS-ar) chute de 50 % par rapport aux témoins, ce qui témoigne d’une dégradation écologique significative de l’horizon superficiel.

Toutefois, 5 ans après les travaux, une récupération partielle est observée : densité apparente et résistance à la pénétration diminuent respectivement de 13 et 8 %. Ces valeurs demeurent néanmoins supérieures à celles des sites témoins, confirmant que la résilience du sol reste incomplète à l’échelle de la décennie.

Sur le plan opérationnel, l’étude recommande la planification de cloisonnements permanents pour concentrer et limiter l’emprise du trafic, ainsi que l’usage de tapis de portance pour réduire la pression au sol.

Le rapport d’activité 2025 de Forêt.Nature asbl est sorti ! Formation professionnelle en sylviculture, accompagnement au martelage, développement d’outils numériques pour les forestiers, R&D en SMCC, édition et vulgarisation technique et scientifique… Forêt.Nature vous dévoile l’étendue de ses métiers et de ses résultats 2025. Une année exigeante, difficile car marquée par une réduction importante de nos ressources et de notre équipe… Grand merci à celles et ceux qui ont tant contribué au rayonnement de l’asbl ! Bonne lecture, et à votre service.

La lutte contre le scolyte a franchi une nouvelle étape grâce aux travaux des chercheurs de l’Université suédoise des sciences agricoles (SLU). Jusqu’ici, les interventions avaient lieu souvent trop tard, une fois que les aiguilles des épicéas jaunissaient, signe que l’insecte avait déjà terminé son cycle de développement et s’était propagé.

Le cœur de cette avancée repose sur l’utilisation de drones équipés de caméras hyperspectrales. Contrairement à l’œil humain ou aux caméras classiques seulement capables de détecter les couleurs primaires, celles-ci analysent des centaines de bandes spectrales et détectent les modifications des caroténoïdes (pigments de stress) et de la structure cellulaire de l’arbre. Ces changements surviennent quelques heures seulement après l’attaque du parasite, bien avant tout signe visible de dépérissement.

La méthode permet un diagnostic individuel des arbres, avec un modèle de détection autonome, qui n’a pas besoin de comparer l’arbre suspect à des arbres sains témoins pour confirmer l’infestation.

Cette détection ultra-précoce change radicalement la gestion de crise. Les propriétaires peuvent intervenir tôt et de façon ciblée, avant que l’épidémie ne devienne incontrôlable. Face au réchauffement climatique qui fragilise les forêts et favorise les scolytes, cette technologie est un véritable stéthoscope forestier, capable de diagnostiquer une maladie « invisible » au début pour sauver les pessières avant qu’elles ne soient ravagées.

Face aux changements climatiques, l’Europe du Nord-Ouest cherche à sauver ses forêts. Sécheresses à répétition, ravageurs et dépérissements massifs frappent de plein fouet des essences emblématiques comme le hêtre ou l’épicéa. En Belgique, où près de 60 % des peuplements reposent sur des espèces jugées vulnérables, l’urgence est désormais palpable.

C’est dans ce contexte qu’est né MigFoRest, un projet Interreg (2024-2028) piloté par la Société Royale Forestière de Belgique et des partenaires français, allemands et belges. L’objectif est de déployer à grande échelle la migration assistée en Europe du Nord-Ouest, une approche consistant à accélérer volontairement le déplacement de provenances ou espèces vers des zones où elles seront plus résilientes. Le projet distingue la migration de provenances, destinée à renforcer la diversité génétique d’espèces locales, et la migration d’espèces, qui soutient l’expansion naturelle d’essences européennes.

Sept territoires pilotes ont été choisis en Belgique, France et Allemagne, dont deux en Wallonie, dans le Condroz et en Ardenne méridionale. Une méthode de sélection des sites de plantation au sein des territoires a été mise au point en tenant compte des conditions stationnelles et des critères de résilience (diversité, vulnérabilité, connectivité).

Trente-quatre espèces européennes ont été retenues, réparties en trois niveaux selon leur priorité et disponibilité, avec évaluation du risque invasif et du potentiel écologique. La sélection des provenances repose sur une analyse fine des analogies climatiques futures propres à chaque territoire. Pour les espèces prioritaires, l’étude de la diversité génétique garantira une variabilité suffisante. Plusieurs vergers à graines seront créés afin d’assurer un futur approvisionnement en semences adaptées.

MigFoRest constitue ainsi une démarche intégrée, scientifique et opérationnelle qui s’inscrit en complément d’un recours accru à la régénération naturelle, de la sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC), ou encore la diversification des espèces, pour renforcer durablement la résilience des forêts européennes.

Les invasions biologiques constituent une menace majeure pour la biodiversité mondiale, mais leur évaluation demeure incomplète lorsqu’elle se limite aux impacts directs sur les espèces natives. Les effets des espèces exotiques envahissantes s’exercent en réalité à des échelles plus larges, englobant les communautés d’espèces, les écosystèmes et leurs composantes abiotiques, dimensions jusqu’ici sous-représentées dans les outils de classification existants.

L’outil de référence international actuel, l’Environmental Impact Classification for Alien Taxa (EICAT), offre une méthode standardisée et fondée sur les preuves pour hiérarchiser les envahisseurs selon cinq niveaux de sévérité de leurs effets sur les espèces natives : peu préoccupant, léger, modéré, grave et majeur. Toutefois, sa logique centrée sur l’espèce présente une limite structurelle : elle attribue un score global unique à un envahisseur donné, basé sur son pire impact documenté, occultant ainsi la variabilité contextuelle des invasions et les effets opérant au-delà du niveau populationnel.

Pour pallier ces insuffisances, une classification étendue, l’Extended Environmental Impact Classification for Alien Taxa (EEICAT), a été développée et publiée dans la revue PLOS Biology. Celle-ci déplace l’unité d’analyse de l’espèce invasive à l’événement d’invasion, permettant d’évaluer les impacts spécifiques à chaque combinaison espèce-écosystème documentée dans la littérature. En effet, une même espèce envahissante peut entraîner des impacts différents selon le contexte local, le climat ou l’intégrité de l’écosystème récepteur. L’EEICAT permet de prendre en compte ces variations. Il évalue l’intégralité des 19 types d’impacts environnementaux identifiés, répartis sur trois niveaux d’organisation biologique : individu/population, communauté, et écosystème.

Plusieurs cas illustrent la pertinence de cette approche. Par exemple, les acacias introduits n’ont pas exactement les mêmes impacts en Afrique du Sud ou en région méditerranéenne française. En Afrique, ils saturent les sols en azote et assèchent les cours d’eau. En France, ils modifient le régime des incendies par accumulation de litière inflammable. De plus, le passage du feu lève la dormance de leurs graines, engendrant un cercle vicieux. L’acacia argenté (Acacia dealbata), grand consommateur d’eau, perturbe également l’hydrologie locale, réduisant le débit des nappes de surface en été. L’EECIAT permet de documenter ces contrastes, chaque preuve contextuelle redéfinissant la sévérité de l’invasion.

L’EEICAT est rétrocompatible avec l’EICAT, partageant la même échelle de sévérité, ce qui permet une réanalyse des données historiques existantes. Il constitue ainsi un outil complémentaire et opérationnel, apte à affiner les stratégies de gestion des invasions biologiques en tenant compte de leur complexité écosystémique réelle.

Un lynx avait été observé à plusieurs reprises dans la vallée de la Semois, sa dernière observation remontant à fin 2022. Est-il encore présent ? Sinon, quelles seraient les hypothèses expliquant sa disparition ?

Cécile Lesire, chargée de mission Lynx pour le Parc national de la vallée de la Semois parcourt la question lors d’une interview. Elle détaille également la capacité d’accueil des forêts wallonnes et d’un potentiel retour de ce grand prédateur.

En quelques mots : le mystère reste complet au sujet de ce lynx observé en 2022, les hypothèses émises sont que :

  • Le jeune mâle n’ayant pas trouvé de femelles, il aurait quitté le territoire.
  • Il n’a plus été observé car c’est une espèce très discrète.
  • Il aurait été accidenté et sa carcasse n’aurait pas été retrouvée.

 

Et pour ce qui est de la capacité d’accueil de la Wallonie : l’Ardenne et l’Eifel pourrait convenir, le point noir étant le manque de connectivité des habitats.

Le carbone organique du sol (COS) joue un rôle primordial dans le cycle global du carbone. La dynamique du COS est régie par le bilan net entre les apports de carbone (litière végétale, exsudats racinaires) et les pertes (décomposition microbienne, lessivage). Les pratiques forestières ont un impact significatif sur les stocks de COS en modifiant les propriétés physico-chimiques du sol et l’activité microbienne.

Une méta analyse des données scientifiques existantes dans le monde nous apprend que les mesures de gestion forestière ont des effets variables sur le COS selon les zones climatiques . Ainsi, en forêt tropicale, la récolte peut entraîner une perte de l’ordre de 16 % du COS. La temporalité joue également beaucoup. À court terme, c’est-à-dire dans les 5 années qui suivent une récolte, on observe une hausse moyenne de 8 % du COS, particulièrement en forêts tempérées (9,45 %), alors qu’à plus long terme, on observe une réduction moyenne du COS d’environ 8 %. La hausse du COS observée dans les premières années après récolte s’explique par le dépôt concentré des résidus de récolte qui dominent les apports à court terme. Par contre, après quelques années, la perte de COS peut être attribuée à la réduction du couvert (simplification de la structure végétale et perturbation du sol) et à l’accélération de la décomposition par les micro-organismes du sol qui sera d’autant plus importante que la température et le taux d’humidité seront élevés (forêts tropicales). Des pratiques de gestion comme l’éclaircie sélective semblent maintenir la continuité des apports de litière en conservant une partie du couvert, favorisant un équilibre apports et décomposition. À l’inverse, une mise à blanc réduit considérablement les apports en matière organique, en particulier dans les forêts tropicales où les taux de décomposition sont 2 à 3 fois plus élevés que dans les zones tempérées. Le reboisement a par contre peu d’effet sur le COS, reflétant probablement une compensation entre l’accumulation de la litière et la décomposition du stock de carbone d’origine dans les peuplements nouvellement plantés.

Pour faire suite à notre article de 2023, dans lequel nous relations le parcours judiciaire exceptionnel d’un pin sylvestre du quartier du Laveu à Liège, l’épilogue est désormais connu : l’arbre est définitivement sauvé.

Le 8 décembre 2025, le Tribunal de première instance de Namur a rendu, en appel, un jugement qui met un terme à plus de 8 ans de procédure. La juridiction a confirmé que les nuisances ordinaires inhérentes à la présence d’un arbre en milieu urbain (chute d’aiguilles, ombrage, dissémination de graines…) ne constituent pas un trouble anormal de voisinage, et qu’aucune faute ne saurait être imputée à la Ville de Liège.

Ce dossier revêt une portée bien supérieure au sort d’un seul individu arboré. Le jugement consacre en effet deux principes appelés à faire jurisprudence : d’une part, la nécessité indubitable de maintenir des arbres à hautes tiges dans les espaces publics urbains ; d’autre part, la reconnaissance que les bienfaits collectifs qu’ils procurent relèvent de l’intérêt général. Il en découle une conséquence juridique structurante : les inconvénients générés par les arbres publics doivent désormais être considérés, dans une plus large mesure, comme une charge publique normale, à supporter collectivement dans l’intérêt commun. Les politiques municipales de végétalisation ne sauraient dès lors être entravées par des demandes individuelles isolées.

Dans un contexte de réchauffement climatique et d’effondrement de la biodiversité, ce précédent conforte le Plan Canopée de la Ville de Liège, porté par l’échevin de la Transition écologique Gilles Foret, ainsi que la position du Département Nature et Forêt du SPW, qui avait dès l’origine émis un avis négatif à l’abattage.

Dans le cadre de la campagne « Very Wood Métiers », portée par France Bois Forêt pour promouvoir les métiers de la filière forêt-bois auprès du public scolaire, le studio INOD Solutions a développé Very Wood Quest, une application de simulation de gestion forestière à visée pédagogique.

Le jeu place l’utilisateur dans un environnement forestier 3D où il doit gérer simultanément plusieurs dimensions de la filière : plantation et croissance des arbres, exploitation de parcelles, transformation des bois feuillus et résineux, gestion du transport et montée en compétence des équipes. Des mini-jeux de précision (lancer de hache, coupe) complètent l’expérience ludique.

Initialement conçu en réalité mixte et virtuelle, le jeu a été décliné en application mobile disponible sur iOS et Android, élargissant ainsi son accessibilité à un public scolaire plus large.

Au-delà de l’aspect récréatif, Very Wood Quest vise à sensibiliser les jeunes générations aux enjeux de la gestion durable des ressources forestières, à valoriser les métiers de la filière et à illustrer les arbitrages propres à une exploitation raisonnée.

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