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La revue de presse mensuelle et gratuite sur la forêt et la nature

En 2020, la ville de Liège a lancé son Plan Canopée. L’objectif ? La plantation de 24 000 arbres d’ici 2030. Ceux-ci ne seront pas plantés au hasard : l’UCLouvain et l’ISSEP ont collaboré sur la création d’une carte des zones de plantation prioritaires. Les quartiers les moins arborés, le plus souvent des zones résidentielles en bord de Meuse, seront les plus concernés par ces nouvelles plantations. Ces derniers, caractérisés par une présence plus marquée d’asphalte et de béton, sont logiquement plus susceptibles de présenter des températures ambiantes élevées. On peut en effet compter jusqu’à 4 ou 5 °C supplémentaires en centre urbain par rapport aux zones rurales. Pour ne rien arranger, ce sont souvent les zones les plus anthropisées qui sont aussi les plus difficiles à végétaliser. Il faut en effet composer avec les conduites d’eau, de gaz, d’électricité, les stationnements, etc. L’arbre en ville présente pourtant de nombreux avantages. Il capte une partie du CO₂ présent dans l’air, atténue le ruissellement et limite donc les inondations, apporte de l’ombre mais aussi de la fraîcheur grâce au phénomène d’évapotranspiration et bien d’autres bénéfices encore. Un autre objectif du Plan Canopée est la participation active du citoyen. Pour cela, des ateliers pratiques sont organisés et un « Guide de l’arbre urbain » a été créé. Ce dernier permet de sélectionner l’arbre le plus adapté à la situation de l’utilisateur en se basant sur différents critères tels que la place disponible.

Les sols sont des composants fondamentaux des écosystèmes terrestres. Ils jouent plusieurs rôles majeurs dans les cycles biogéochimiques, mais aussi pour les communautés microbiennes, végétales et animales. L’augmentation de l’intensité et de la fréquence des perturbations entraîne des changements profonds dans la structure et la fonction des écosystèmes forestiers. L’ampleur des impacts sur les sols est encore peu connue, particulièrement à long terme.

Grâce à un large échantillonnage, il a été démontré que les perturbations naturelles, comme les incendies mais aussi celles d’origine  humaine (exploitation par mise à blanc ou après grosse perturbation naturelle) peuvent modifier significativement la composition des sols forestiers. Les effets se marquent à bien plus long terme qu’imaginé : minimum 80 ans et potentiellement bien au-delà !

En comparaison avec des forêts qui n’ont pas connu de perturbation depuis longtemps (167 ans), les zones touchées par des incendies, des mises à blanc ou une exploitation après perturbation (scolyte, tempête, etc.) sont caractérisées par des valeurs inférieures pour des paramètres importants comme le phosphore ou l’azote disponible.

Plus les perturbations se multiplient, plus les impacts sur les sols sont prononcés. Les modifications peuvent être imperceptibles en surface, mais elles sont pourtant bien réelles. À titre d’exemple, les incendies et mises à blanc affectent la structure du sol, ce qui impacte sa capacité de rétention en nutriments et en eau. À long terme, le sol connaît un lessivage et une érosion qui peuvent impacter la productivité durant plus d’un siècle ! Les conséquences de ces événements peuvent aussi avoir des implications écologiques et fonctionnelles majeures à très long terme.

C’est un fait : la forêt wallonne est sous pression. Face à ce constat, Forêt & Naturalité, dans un article récemment paru dans le magazine Natagora, propose de tirer les bonnes conclusions sans répéter certaines de nos erreurs passées.

 

Aujourd’hui, selon eux, il est essentiel de changer nos pratiques de gestion forestière. La crise sanitaire actuelle a mis en lumière un besoin de nature chez tout un chacun. Des études récentes montrent d’ailleurs que les citoyens souhaitent que la biodiversité soit mieux prise en compte dans la gestion des forêts, avec une préférence pour des forêts naturelles riches en bois mort, en essences indigènes et en clairières naturelles. Face aux changements climatiques, de nombreuses questions restent en suspens quant à l’évolution de nos forêts. Plusieurs solutions sont ainsi proposées : la plantation d’essences exotiques ou aux gènes méridionaux plus résistants à la chaleur en est une, miser sur la résilience des forêts en est une autre, avec une sylviculture proche de la nature, moins coûteuse et moins risquée, offrant de multiples services écosystémiques.

 

Forêt & Naturalité invite à repenser nos pratiques en profondeur, en proposant quelques pistes. D’une part, protéger les sols forestiers, qui agissent comme de véritables éponges régulant la disponibilité en eau. D’autre part, développer le réseau d’aires protégées, en laissant certaines forêts en libre évolution sur des surfaces assez grandes et, surtout, cohérentes. Selon l’association, cela serait possible dès aujourd’hui sur de vastes étendues de forêts aux sols marginaux peu productifs et ce, avec des pertes économiques limitées.

L’Union européenne est le deuxième plus grand importateur de produits issus de la déforestation après la Chine. La Belgique est également impliquée puisqu’elle importe une grande quantité de produits agricoles et forestiers. La surface nécessaire pour produire les sept produits de base (soja, cacao, bœuf et cuir, huile de palme, café, hévéa, bois et papier) importés par la Belgique est d’environ trois fois la superficie de notre pays chaque année.

Il y a un an, lors d’une consultation, les citoyens européens avaient marqué leur volonté de voir émerger une loi contre la déforestation importée. Les européens exigent de pouvoir acheter des produits qui ne proviennent pas de la déforestation, qui ne détruisent pas d’écosystèmes ou ne violent pas les droits humains. Pour répondre à cette demande, la Commission européenne a présenté fin novembre une proposition de loi pour résoudre le problème.

Pour le WWF, cette loi n’est pas encore suffisante car il faudrait y inclure des restrictions concernant toute déforestation, concernant les savanes, les mangroves et les prairies. Cette loi devrait aussi inclure les produits transformés liés à la déforestation.

Face aux changements climatiques, les recherches orientées vers la réduction des émissions de carbone ou les stratégies d’adaptation aux changements climatiques se sont intensifiées, notamment dans le domaine forestier. Dans ce contexte, les sciences sociales pourraient largement contribuer à l’élaboration de stratégies d’adaptation. Cependant, il existe encore peu d’approches interdisciplinaires et intégrées dans le domaine forestier comparé aux sciences expérimentales.

 

Dans cet article, les auteurs plaident, étude de cas à l’appui, pour une véritable intégration des sciences sociales aux recherches forestières portant sur l’adaptation aux changements climatiques. Selon eux, cela profiterait à l’ensemble des acteurs de la forêt pour deux raisons principales. D’une part, les études sur le climat abordent de plus en plus d’adaptation sous l’angle des solutions fondées sur la nature ou sur les écosystèmes. Or, ces solutions, de plus en plus populaires auprès des financeurs, mettent justement fortement l’accent sur les interactions socio-écologiques et favorisent la recherche interdisciplinaire. D’autre part, les évolutions méthodologiques (LiDAR, drones, …) vont impliquer un recours accru à l’analyse des big data et donc, à une approche exploratoire bien connue des spécialistes des sciences sociales.
Les résultats montrent que la diversité des arbres, tout comme la diversité fonctionnelle, la structure des forêts, le climat et le sol, sont des facteurs clés de la biodiversité à la fois au niveau des 9 taxons étudiés et au niveau de la biodiversité globale associée aux forêts. Les chercheurs concluent donc que les forêts mélangées (en essences et en traits fonctionnels) présentent une valeur élevée en termes de biodiversité.

Le climat limite les aires de répartition potentielles des espèces. Il est supposé que l’installation et la croissance des individus en limite de leur aire de répartition sont plus affectées par des événements extrêmes tels que la sécheresse ou le gel que dans le centre de leur aire de répartition. Une étude a testé cette hypothèse dans le cas du hêtre commun en Europe : est-ce que la croissance du hêtre est plus sensible à la sécheresse ou au gel lorsque l’individu se situe respectivement à proximité de la limite sèche ou froide de sa distribution ? Et quel potentiel d’adaptation présente le hêtre à proximité de ces limites ?

Les résultats de l’étude montrent que le hêtre est sensible à la sécheresse sur l’ensemble de son aire de répartition, à l’exception de la limite de distribution sèche. De plus, la sensibilité au gel est plus importante à proximité de la limite sud. Le hêtre semble donc montrer un potentiel d’adaptation plus élevé à proximité des limites sèches et froides. Néanmoins, l’importance du gel printanier pour la croissance du hêtre semble avoir augmenté au cours des dernières décennies.

Si l’on considère le déplacement potentiel de l’aire de répartition vers le nord-est, le hêtre situé à proximité de la limite froide sera probablement confronté à un stress dû à la sécheresse, associé à un risque de gel printanier. Ces deux phénomènes risquent de compliquer l’expansion de son aire de répartition.

Dans le contexte des changements climatiques, la capacité d’adaptation des forêts représente un enjeu majeur. Le potentiel d’adaptation génétique des populations d’arbres est très élevé et nos choix de sylviculture peuvent avoir un impact positif ou négatif non négligeable.

Réduire le stress d’un peuplement, par exemple en diminuant sa densité pour atténuer l’impact d’une sécheresse, va permettre la survie des arbres conservés mais va réduire les possibilités de sélection et n’exploitera pas le potentiel d’acclimatation aux stress futurs. Raccourcir les révolutions va réduire la probabilité d’exposition au risque mais peut augmenter la vulnérabilité du peuplement si cela s’accompagne d’une sélection en faveur d’individus à plus grande vigueur juvénile et si celle-ci est négativement corrélée à la résistance au stress. De même, des coupes importantes, pour raison sanitaire ou de risque incendie, peuvent entraîner l’élimination de génotypes résistants et réduire les chances d’évolution vers des populations résistantes.

L’enjeu est donc à la fois d’augmenter les chances d’émergence de combinaisons génotypiques favorables, de faciliter la propagation des génotypes les mieux adaptés et de préserver la diversité génétique comme réservoir d’options futures pour répondre aux changements inattendus. Le sujet est vaste et complexe, et de nombreuses expérimentations doivent encore être menées sur le long terme. Dans l’état actuel des connaissances les auteurs de l’article proposent d’expérimenter un ensemble d’options de gestion sylvicole « par et pour l’évolution » qui tendent à favoriser le taux d’évolution des populations d’arbres. Ces propositions s’envisagent dans le cadre de peuplements régénérés naturellement.

Depuis déjà quelques années, le scolyte nordique de l’épicéa (Ips duplicatus) se propage en Suisse. C’est un scolyte originaire d’Asie de l’Est, de Sibérie ou encore de Scandinavie mais qui se retrouve maintenant aux portes de l’Europe. Il est déjà présent à l’est, au sud-est et au centre, autant sur l’épicéa que sur le pin ou le mélèze.

Il est pour l’instant considéré comme moins dommageable pour l’économie forestière que notre scolyte indigène (Ips typographus). Mais certains entomologistes polonais et slovaques préviennent d’ores et déjà qu’il pourrait devenir sérieusement problématique pour le marché du bois.

La précaution est donc de mise et le mieux est de repérer au plus vite les infestations, exploiter rapidement, écorcer et exporter hors de la forêt. Une des plus grosses causes de propagation est l’exportation de bois ronds non-écorcés. Ces derniers permettent au pathogène de se déplacer beaucoup plus rapidement.

Chaque trimestre, l’Office Économique Wallon du Bois rédige son baromètre économique de la filière bois. Actuellement, bien que l’offre de bois feuillus, et principalement de chêne, reste relativement stable, les prix explosent. Il existe une forte tension, le marché chinois se portant acquéreur de 95 % du chêne vendu en Wallonie, les scieries wallonnes n’étant plus en mesure de s’aligner sur les prix des ventes publiques. La vente de gré à gré, via des appels d’offres restreints, permettrait toutefois de proposer le bois aux scieries locales. Ce mode de vente est malheureusement loin d’être utilisé à son plein potentiel.

Dans le secteur des résineux, le prix des bois sur pied a fortement augmenté, presque au point d’atteindre ceux de 2017. La forte demande de l’industrie post-covid est accompagnée d’une offre en bois importante, également de la part de propriétaires privés qui souhaitent vendre ce qu’ils considèrent désormais « comme une essence sans avenir ». La flambée des prix semble toutefois s’estomper.

Enfin, la reprise post-covid dopent de nombreux marchés. Les secteurs de la construction et du chauffage voient leur prix augmenter, dû au ralentissement des grosses scieries et des stocks de pellets vides.