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Dans sa « Stratégie d’adaptation des forêts au changement climatique » (AFCC), l’ONF place en première priorité l’équilibre forêt-gibier. En effet, les différents points de la stratégie, basée sur la régénération naturelle et la diversification des essences, ne pourront être réalisés si les jeunes arbres sont mangés. Or, en 2019, près de 40 % des forêts domaniales françaises étaient en déséquilibre forêt-ongulés.

« Si les ongulés ont toute leur place dans l’écosystème forestier, leur surpopulation représente une menace sérieuse. Les dégâts causés s’apparentent quasiment à une déforestation. Les jeunes peuplements sont dévorés avant d’avoir pu se développer. Dans beaucoup de situations, nous n’arrivons plus à garantir la régénération des forêts » constate Ludovic Lanzillo, expert chasse à l’ONF.

Les clôtures et autres protections ne suffisent pas. Dans les forêts domaniales, l’ONF fait réaliser des plans de tir augmentés par les chasseurs.

L’EFI publie une étude coordonnée par 13 auteurs de 10 pays différents. Objectif : analyser comment maintenir et augmenter efficacement la biodiversité forestière en Europe.

D’après le collectif, un monitoring approprié de la biodiversité en forêt est la clé pour améliorer la conservation des espèces et la gestion de nos massifs. Les forêts primaires, les vieilles forêts et les forêts anciennes, hébergeant des espèces en danger d’extinction, doivent bénéficier de mesures de protection plus strictes. À côté de cela, les auteurs plaident pour une gestion forestière alliant production de bois et protection de la nature. D’ailleurs, les approches de gestion des écosystèmes doivent être davantage développées pour intégrer toutes les perturbations et soutenir la biodiversité à toutes les échelles.

Pour améliorer la biodiversité forestière, des supports institutionnels et financiers sont essentiels, et ce sur le long-terme, étant donné le laps de temps important qui peut s’écouler entre l’adoption de politiques en faveur de la biodiversité et les résultats observés sur le terrain. Une tâche à mener à bien par tous les gestionnaires et propriétaires, tant publics que privés.

Outre le manque d’eau et les températures élevées des canicules, les embolies gazeuses sont également une cause importante de dépérissement des arbres. Les réchauffements estivaux, mais également hivernaux, provoquent des arrêts du flux d’eau liquide provenant du sol, la sève brute, à cause de l’intrusion de bulles d’air dans le circuit hydraulique.

Différentes avancées scientifiques ont pu déterminer les causes de ces embolies. En été, l’aspiration d’air dans la sève brute, et en hiver la prise de glace qui se transforme en bulle de gaz, coupe le flux entre les racines et les feuilles. Cette interruption peut mener à la mort par déshydratation des arbres. La vulnérabilité à ces embolies varie fortement entre les espèces, ce qui explique les grands profils de distribution des essences en fonction de l’aridité de leur habitat.

Ces études ont également mis à jour l’embolie hivernale, dépendante de la dimension des conduits de sève. Un seul cycle de gel/dégel est suffisant pour provoquer une embolie sur les arbres possédant de gros vaisseaux, tels que les chênes. La plupart des feuillus ont des moyens de lutte, l’absence de feuilles freinant le processus. D’autres développent des stratégies de contournement ou de réparation, en augmentant la pression de la sève dans le bois pour chasser les bulles d’air. Les conifères s’avèrent très résistants à l’embolie hivernale grâce à la faible dimension de leurs conduits de sève.

Le dérèglement climatique entraîne les arbres à subir plus fréquemment des situations propices aux embolies, et donc à leur dépérissement. 70 % des arbres ont une tolérance trop faible à cette problématique pour leur permettre de résister à des sécheresses plus intenses.

De nombreuses études scientifiques ont démontré que la diversité en espèces d’arbres augmente la productivité des forêts en permettant une plus grande complémentarité spatiale des couronnes. Pour comprendre plus finement les mécanismes derrière cette complémentarité, une étude menée en Chine a quantifié comment les différences fonctionnelles et les caractéristiques des branches entre arbres voisins influencent la complémentarité des couronnes d’arbres. La méthodologie de l’étude s’est basée sur le balayage laser terrestre (LIDAR terrestre) à haute résolution.

L’étude montre que la complémentarité des couronnes est largement influencée par la diversité fonctionnelle des houppiers (plasticité morphologique, surface foliaire et densité du bois) et des caractéristiques des branches (densité des branches et intensité de la ramification). Ces résultats suggèrent que le mélange intime d’espèces permet aux arbres d’occuper plus efficacement l’espace de la canopée, principalement grâce aux changements phénotypiques qui peuvent être provoqués par des différences dans la diversité fonctionnelle des houppiers (plasticité liée à la structure externe de la couronne) ou par l’intensité de la ramification (plasticité liée à la structure interne de la couronne).

Ces résultats soulignent également la nécessité de prendre en compte les propriétés internes des couronnes pour mieux comprendre et prévoir le fonctionnement des écosystèmes forestiers.

En Finlande, dans un contexte de politique forestière souvent conflictuel, une thèse s’est intéressée aux valeurs que les citoyens, les politiques et les professionnels accordent à la forêt, ainsi qu’à la façon dont les décisions sont prises et à leur légitimité.

L’examen des valeurs forestières a révélé une différence claire entre les trois groupes : les citoyens ont mis davantage l’accent sur la valeur de conservation de la biodiversité que sur la valeur économique, tandis que pour les députés, ces valeurs étaient presque d’importance égale. Enfin, pour les professionnels de la forêt, c’est la valeur économique qui primait.

En Finlande, la politique est perçue comme plutôt légitime, mais le citoyen est plus critique vis-à-vis de l’équité de traitement des différents points de vue et désapprouve généralement la mise à blanc, qui est pourtant la pratique forestière la plus courante.

Dans les faits, les préférences des citoyens en matière de conservation de la nature et de loisirs semblent être mises de côté dans les processus décisionnels, où les aspects économiques sont privilégiés. Les citoyens accordent une attention particulière à l’équité du traitement et considèrent que tous les points de vue ne sont pas traités de manière égale.

L’étude montre qu’une prise en compte plus équitable des points de vue de divers groupes contribuerait à renforcer la confiance dans le secteur. S’assurer que les procédures sont intrinsèquement équitables et que les différents points de vue sont reconnus conduit probablement à des processus politiques plus efficaces, ce qui, en fin de compte, renforce également le soutien du système politique.

La chercheuse conclut qu’une politique forestière plus légitime peut être réalisée :
1. En accordant plus d’attention à la justice des procédures de prise de décision, en particulier en ce qui concerne l’égalité de traitement de toutes les parties prenantes et la prise en compte des points de vue des citoyens.
2. En tenant compte des points de vue des citoyens de manière explicite dans l’élaboration des politiques.
3. En élargissant la perspective des avantages des forêts, tels que la santé et les loisirs, en ouvrant réellement les possibilités de nouvelles idées et en accueillant les représentants de toutes les parties prenantes possibles des forêts dans l’élaboration des politiques.

Le département « Ecodiv », chargé des recherches en écologie et biodiversité dans les milieux forestiers, prairiaux et aquatiques lance son plan de recherche pour 2021-2025.

Au programme, 5 points principaux :
1. Découvrir et comprendre les organismes sous contraintes, c’est-à-dire comment le vivant va réagir aux nombreux changements d’ampleur de notre époque.
2. Améliorer les connaissances sur l’organisation de la biodiversité, comment les organismes s’assemblent pour vivre et faire vivre leur environnement (cycle du carbone, cycle de l’eau, communautés microbiologiques, etc.).
3. Évaluer et gérer les risques, préparer et analyser la gestion forestière, modéliser les vulnérabilités des écosystèmes, développer des indicateurs et prévoir les aléas sanitaires.
4. Comprendre les dynamiques des écosystèmes avec les changements climatiques, comment et à quelle vitesse les milieux vont réagir, apprendre du passé dans le présent pour scénariser le futur, trouver l’équilibre dans les compromis.
5. Créer et apporter de nouvelles approches de gestion, de nouvelles pratiques sylvicoles adaptatives plus axées sur les dynamiques naturelles.

La news de l’Observatoire Wallon de la Santé des Forêts fait le point sur les actualités phytosanitaires des forêts wallonnes. Alors que le redoux d’avril a freiné la reprise des ips typographes et des chenilles défoliatrices printanières, la sécheresse s’est tout de même bien installée.

Les quelques orages, parfois très violents avec de la grêle, ont causé des dégâts sur des peuplements de pins sylvestres. À la suite de cet épisode, on peut retrouver des dépérissements provoqués par le pathogène Sphaeropsis sapinea qui semble profiter de ces blessures pour proliférer. Les nécroses cambiales sont également à surveiller sur les arbres touchés, car elles peuvent se développer dans les années suivant le traumatisme.

Du côté de la chenille processionnaire du chêne, l’arrivée des beaux jours coïncident avec leur retour. Il est nécessaire de bien identifier les chenilles dans les peuplements afin de ne pas exterminer une autre espèce, certaines étant protégées. Les nombreux signalements effectués s’avèrent souvent de fausses alertes. Dans le doute, il est conseillé de contacter la commune.

Enfin, des peuplements d’Abies grandis ont transmis l’armillaire à des peuplements contigus de douglas. Cette maladie provoquée par un champignon peut faire sécher les arbres en quelques semaines. Un dispositif de suivi et d’analyse sera installé dans les prochaines semaines pour évaluer l’évolution de la situation.

Une étude réalisée dans les Pyrénées s’est intéressée au développement des populations de coléoptères saproxyliques, qui réalisent tout ou une partie de leur cycle de vie dans le bois mort, à la suite de perturbations écologiques dans les sapinières (Abies alba Mill.). Ces perturbations sont essentiellement les années de sécheresse consécutives ainsi que les attaques de scolytes. L’étude s’est concentrée sur les différents regroupements, développements des insectes à l’échelle locale mais aussi à l’échelle du paysage.

Les résultats principaux indiquent que :

  • Autant en diversité taxonomique, phylogénétique que fonctionnelle, les coléoptères saproxyliques profitent nettement des dépérissements des forêts à petite ou grande échelle.
  • L’augmentation de dépérissements à l’échelle du paysage favorisent des spécialisations chez les insectes qui tendent à s’orienter vers les gros bois fort décomposés.
  • Les ouvertures dans le couvert et les interconnections de matrices de bois morts bénéficient non seulement aux insectes mais également aux champignons et de nombreux nouveaux micro-habitats se créent.
  • Des espèces sur liste rouge sont retrouvées et se développent.

Les forêts en déclin non allouées à la production de bois sont ainsi d’excellents sites pour développer la biodiversité locale et large chez les coléoptères. Elles permettraient d’hétérogénéiser les massifs à l’intérieur desquels la gestion conventionnelle menace fortement les insectes. De simples îlots de sénescence doivent s’accompagner de plages plus larges.

De nouvelles recherches montrent que les vieux arbres, dont certains remontent à plus de 3000 ans, ainsi que les arbres d’espèce rare sont essentiels à la survie et à la santé des forêts. La nécessité de diversifier les forêts, tant en termes d’âge que d’espèce, est précisément soulignée dans deux nouvelles études.

Dans l’étude sur les arbres anciens, les chercheurs ont tenté de prédire le nombre d’arbres anciens qu’ils s’attendaient à trouver dans des forêts présentant différents taux de mortalité. Contrairement aux animaux, qui ont tendance à avoir une durée de vie précise, les arbres peuvent croître indéfiniment jusqu’à ce qu’ils soient abattus par la foudre, le feu, les tronçonneuses ou les maladies. Les résultats de cette étude montrent que très peu d’arbres atteignent un âge avancé. Pourtant, comme ces individus ont survécu à des centaines, voire des milliers d’années de fluctuations climatiques, ils offrent à la forêt un moyen de survivre dans un contexte de climat changeant. Les arbres anciens sont également un atout irremplaçable de la biodiversité avec des insectes inhabituels et d’autres espèces qui y élisent domicile. Leur préservation est essentielle pour assurer la transition vers un avenir écologiquement sain.

Parallèlement, une autre étude s’est intéressée à la diversité des espèces d’arbres présentes dans les forêts, pour aboutir à une des premières estimations scientifiques du nombre total d’espèces d’arbres. Parmi toutes cette diversité, un tiers des espèces connues sont rares, avec parfois seulement un ou deux individus répertoriés. Et comme les arbres rares peuvent aussi détenir des gènes susceptibles de profiter à l’ensemble de la forêt, la conservation de ces espèces est aussi essentielle.

Le récent déclin de nombreuses espèces d’oiseaux d’Europe est lié aux dérèglements climatiques et aux changements d’affectation des sols. Comme l’intensité de ces changements environnementaux varie d’un pays à l’autre, il faut s’attendre à des variations géographiques dans les différentes tendances de populations d’oiseaux.

Cette étude a comparé les différentes tendances dans des pays d’Europe centrale voisins (République tchèque, Danemark, Allemagne et Suisse) entre 1990 et 2016 et a examiné les traits d’histoire de vie avec les tendances démographiques tant à l’échelle nationale qu’internationale.

Il s’avère que le Danemark abrite la plus grande proportion d’espèces en déclin alors que la Suisse a la plus faible. Les espèces associées aux milieux agricoles comptent les plus mauvais résultats, mais dans des proportions différentes selon les pays. Des températures plus élevées ont un impact positif sur les tendances de populations et l’ampleur de cet effet est similaire dans tous les pays. Les espèces en augmentation dans les quatre pays sont associées au milieu forestier alors que celles en déclin sont constituées de migrateurs au long cours ou d’oiseaux des plaines agricoles.

D’après ces recherches, le changement d’affectation des sols semble être une variable plus régionale pour les populations d’oiseaux communs que le dérèglement climatique en Europe centrale. En ce qui concerne les espèces en déclin dans tous les pays, un plan d’action international offrirait un cadre de conservation plus efficace. Toutefois, l’avifaune agricole a tant besoin d’une action internationale coordonnée pour s’attaquer à leur déclin généralisé que de différentes approches régionales.