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La revue de presse mensuelle et gratuite sur la forêt et la nature

Il y a 4 ans, une petite révolution venait secouer la vision que nous avions de l’arbre et de sa génétique. En effet, l’équipe de Christophe Plomion de l’INRAE démontrait en 2018, grâce à ses travaux de séquençage de l’ADN d’un chêne centenaire, l’existence d’une mosaïque génétique au sein d’un même individu. Cette découverte, déjà pressentie en 1979 par James White, nous apprenait que ce chêne présentait de nombreuses mutations génétiques au sein de son tronc mais aussi de ses branches et que celles-ci étaient, dans près de 50 % des cas, présentes dans ses fruits !

À la suite de cette expérience, de nombreuses autres sont menées un peu partout dans le monde. Ainsi, des chercheurs chinois étudient un pêcher d’une vingtaine d’années et démontrent que ses racines mutent huit fois plus vite que ses branches. En 2020, c’est le phénomène d’épigénétique qui est mis en lumière car on découvre qu’il se superpose à la mosaïque génétique. Les épimutations sont des modifications chimiques de la molécule d’ADN susceptibles de moduler l’expression des gènes voisins. Capables de compartimenter, les arbres sont donc susceptibles de favoriser les mutations et épimutations qui leurs sont favorables et de les transmettre à leurs descendants. La sélection naturelle ne s’opère plus non seulement à l’échelle de l’individu, mais bien à l’échelle de l’organisme lui-même. La notion d’individu pourrait pratiquement être remise en cause car chaque branche est en réalité une colonie et chaque bourgeon peut présenter des caractéristiques qui lui sont propres.

La vente sur parc à grumes permet de valoriser des grumes de très haute qualité issue des forêts publiques. Elle permet de cibler des acheteurs spécialisés et de favoriser un circuit court. Cette vente est organisée de façon coordonnée entre six régions transfrontalières : la France (Grand Est), l’Allemagne (Sarre et Rhénanie-Palatinat), le Grand-Duché de Luxembourg, la Flandre et la Wallonie. Le 17 février dernier, la vente a atteint des records.

En Wallonie, 350 m3 (88 grumes) étaient exposés sur le parc à grumes. Les chênes indigènes constituaient la plus grande partie du volume (92 %). Ils étaient accompagnés de trois érables sycomores, cinq alisiers torminaux, deux chênes rouges d’Amérique, un noyer de Mandchourie et un orme. L’un des chênes était brogneux.

Plus 1100 offres ont été proposées par les différents acheteurs (scieurs, trancheurs, mérandiers, ébénistes, menuisiers et négociants). Le prix moyen de vente pour les chênes indigènes en 2022 est de 1 344 €/m3, soit une augmentation de 66 % par rapport à la vente de 2021. Le record du prix de vente revient à un chêne de la forêt domaniale de Saint-Michel-Freyr (cantonnement de Nassogne), acheté par un trancheur pour le prix de 3 469 €/m3, soit près de 30 000 € la grume.

Pirater la finance pour mettre fin à la déforestation : c’est la thématique abordée lors d’un panel de discussions organisé par l’EFI. L’objectif était de discuter des solutions à mettre en place pour rendre la finance « zéro déforestation ». Les participants à la discussion, issus d’organisations internationales, de la finance, de la société civile et de la recherche ont abordé les liens entre le système financier et les forêts :
–       Quels sont les challenges et opportunités ?
–       Comment abordent-ils ces problématiques dans leur travail ?
–       Qu’est-ce que la finance durable ?

Ces discussions ont pointé des manques, notamment en termes politiques et d’accès à l’information, mais ont également lancé des pistes de solutions.

Le manque de temps et de moyens constitue un frein majeur à la gestion de la crise climatique. Les solutions fondées sur la nature comme la protection, la bonne gestion ou encore la restauration des écosystèmes peuvent jouer un rôle significatif dans l’atténuation des changements climatiques mais chacune à sa manière, et l’une ne vaut pas l’autre.

Alors que les stratégies d’atténuation mises en place privilégient en général la restauration des milieux (campagnes de plantation, programmes de restauration d’habitats naturels…) cette étude nous montre que les mesures plus simples consistant à protéger ou mieux gérer les milieux naturels existants se montrent plus efficaces et moins coûteuses. Pour ce faire, les chercheurs se sont appuyés sur quatre critères pour prioriser les actions à mettre en œuvre : leur potentiel d’atténuation, l’horizon temporel auquel le résultat peut être attendu, leur rapport coût bénéfice et les co-bénéfices qui peuvent en être attendus.

Les écosystèmes naturels peuvent stocker de grandes quantités de carbone, en séquestrer encore et ces stocks de carbone sont plus stables et durables comparés aux milieux restaurés. La perte de ce carbone liée à la destruction de ces milieux peut être considérée comme irrécupérable dans une échelle de temps significative parce qu’aucune mesure de restauration ne pourrait le récupérer avant plusieurs décennies voire plusieurs siècles. Or, pour répondre à la crise climatique et limiter le réchauffement en deçà de niveaux catastrophiques, nous avons besoin d’actions à très court terme, de l’ordre de la décennie, et durables dans le temps. En protégeant de la destruction ou de la dégradation les écosystèmes naturels existants (forêts, prairies, milieux humides…) on évite le rejet dans l’atmosphère de grandes quantités de gaz à effet de serre. L’efficacité de telles mesures de protection en termes d’émissions de CO2 évitées à l’hectare est très élevée et immédiate, le tout à un coût relativement bas et avec de nombreux bénéfices collatéraux. La priorité de nos actions devrait donc être accordée à la protection des milieux naturels puis à l’amélioration des pratiques de gestion parce qu’elle offre toujours un potentiel d’atténuation à coût plus réduit que les mesures de restauration et son action est assez immédiate. Par exemple, en adoptant des méthodes de récolte à impact réduit, on peut réduire de moitié les émissions liées à l’exploitation forestière. L’adoption de meilleures pratiques de gestion est par ailleurs favorable à la préservation de la biodiversité, elle permet de maintenir l’activité de production et n’impose pas de changement d’affectation des terres.

Les mesures de restauration ne viennent qu’en troisième position du classement. Si elles peuvent offrir un potentiel d’atténuation substantiel, par exemple via la restauration d’un couvert forestier ou de milieux humides, elles ne permettent pas de compenser de façon simultanée  la perte de grandes quantités de carbone liée à la destruction ou à la perturbation des milieux naturels existants parce que ces mesures de restauration s’accompagnent en général de rejets initiaux de gaz à effet de serre qui nécessitent parfois des décennies, voire des siècles pour être compensés et que le stockage du carbone ne se fait ensuite que très progressivement.

Actuellement, la forêt est mise à rude épreuve en raison notamment des changements climatiques, des sécheresses estivales et des hivers doux favorables aux pullulations de ravageurs. Toutefois, le dérèglement climatique est-il le seul en cause ? D’après les auteurs de cet article, il révèle plutôt des écosystèmes forestiers fragilisés par des pratiques sylvicoles focalisées essentiellement sur la production de bois.

 

Aujourd’hui, la forêt française fixe moins de carbone par unité de surface. De plus, l’exploitation des peuplements dépérissants est émettrice de CO₂. Les modes de sylviculture influencent l’intégrité fonctionnelle de l’écosystème forestier, intégrité qui, à son tour, nuance les effets du dérèglement climatique. Un traitement de fond des causes du dépérissement forestier est donc nécessaire. Et pour cela, des pratiques sylvicoles prenant davantage en compte le fonctionnement des forêts dans leur ensemble sont essentielles : adéquation essence-station, peuplements mélangés et hétérogènes, régénération naturelle permettant d’accroître la diversité génétique, rétablissement de l’équilibre sylvo-génétique par la préservation d’essences compagnes, adaptation des peuplements au bilan hydrique de la station, limitation du tassement des sols, préservation de leur alimentation en eau et, dans tous les compartiments de l’écosystème, conservation de la biodiversité.

 

De plus, il est crucial de ne pas considérer d’emblée nos essences indigènes comme non adaptées et de recourir systématiquement aux essences exotiques. Plusieurs mécanismes permettent l’adaptation spontanée des arbres dans un environnement changeant. Cependant, leur efficacité n’est pas encore parfaitement connue, d’où la nécessité d’augmenter les surfaces de forêts protégées. Celles-ci permettent en effet d’observer la réponse des essences autochtones dans un contexte de forêt non soumise à la sylviculture.

 

Enfin, la recherche scientifique en écologie forestière et ses résultats doivent appuyer les stratégies de gestion : tout comme une forêt n’est pas une simple somme d’arbres, la gestion durable de celle-ci n’est pas qu’une question d’ingénierie.

La société botanique de France publie un livre blanc sur « L’introduction d’essences exotiques en forêt ». Vu l’importance des surfaces forestières en jeu et la vitesse des changements climatiques observés, il apparaît urgent et nécessaire de synthétiser l’état des connaissances scientifiques sur les risques associés à l’introduction d’essences exotiques dans les forêts françaises, préalable nécessaire à une véritable prise en compte du rapport bénéfice/risque de cette pratique. Le livre blanc veut non seulement éclairer objectivement un sujet qui peut très vite devenir passionné, mais vise aussi à faciliter la prise de décision du forestier et des pouvoirs publics.

Le livre blanc est structuré en quatre grands chantiers dans l’objectif de réduire les risques associés à l’introduction d’essences exotiques en forêt :
• invasion biologique
• introduction de nouveaux bioagresseurs
• érosion de la biodiversité
• évènements catastrophiques

Quelques recommandations à l’intention des gestionnaires et des décideurs concluent le livre.

En réponse à la difficulté de trouver de la main d’œuvre qualifiée pour la réalisation de travaux sylvicoles et pour limiter leur pénibilité, la jeune entreprise « Gallic Solutions » a développé un gyrobroyeur à monter sur mini-pelle entre 2,5 et 9 tonnes pour permettre de dégager le pourtour des jeunes arbres.

Le Barto-70 est capable de broyer des ligneux et semi-ligneux jusqu’à 10 cm de diamètre (ronces, genêts, fougères…) et de façon localisée autour des plants grâce à sa tête de broyage rotative de 70 cm de diamètre. Ainsi le travail permet de conserver, au-delà de ce rayon, un barrage contre la faune par la végétation adventice qui de plus conserve une ambiance plus fraîche en maintenant de l’humidité proche du plant.

L’outil a un prix de vente aux alentours de 7 000 € et l’entreprise française continue son développement avec la sortie d’une nouvelle version au printemps 2022.

La mécanisation de l’agriculture a considérablement amélioré l’efficacité des opérations sur le terrain, mais elle a également entraîné l’utilisation de véhicules agricoles de plus en plus lourds, ce qui a augmenté la compaction du sol et donc diminué les rendements. La dégradation du sol peut aussi entraîner des coûts environnementaux supplémentaires pour la société. L’article présente un cadre qui met en relation la capacité des machines avec la compaction du sol et ses impacts sur les récoltes.

L’étude a combiné des simulations de compaction du sol et d’analyses économiques simples afin de déduire la taille optimale des machines qui maximise le profit de l’agriculteur et le bénéfice net de la société.

L’augmentation de la taille des machines réduit les coûts de récolte, mais réduit également les rendements simulés des cultures et donc les revenus. En outre, dans les simulations du modèle, le compactage a également augmenté le ruissellement de surface, le lessivage de l’azote et les émissions de gaz à effet de serre. Dans le modèle, la taille intermédiaire des machines optimise le revenu net de l’agriculteur. Cependant, les avantages nets pour la société sont plus élevés avec le niveau de compaction le plus faible, en raison des coûts externes considérables de la dégradation du sol.

L’étude conclut que pour un revenu maximal de l’agriculteur, la taille optimale des machines et donc le niveau de compaction diminueraient si les coûts environnementaux étaient répercutés sur le prix des produits.

Coolwood est le nom d’un nouveau procédé de stockage des bois, bruts ou semi-transformés. En refroidissant les bois pour les maintenir à basse température, il évite la prolifération d’agents biologiques de dégradation : champignons, bactéries ou insectes.

Depuis 2013 le projet était en phase expérimentale. Des résultats intéressants lui ont permis d’entamer sa phase industrielle jusqu’en 2024. En effet, Coolwood « permet de remplacer des procédés existants qui restent globalement peu fiables et, pour certains, polluants ou gros consommateurs de ressources hydriques ». D’un point de vue environnemental, le procédé de stockage est moins énergivore que l’aspersion, et peut-être alimenté par la biomasse.

De plus, les unités de stockage peuvent se situer à différents endroits, dans des entrepôts ou tentes de stockage, directement au sortir de l’exploitation forestière par exemple. Cela permettrait de faciliter les commercialisations groupées par exemple.

Un groupe de travail composé d’industriels, de propriétaires et de gestionnaires forestiers a été formé afin d’optimiser Coolwood dans les prochaines années.