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La revue de presse mensuelle et gratuite sur la forêt et la nature

Une question très débattue aujourd’hui est de savoir à quelle vitesse les changements évolutifs peuvent se produire chez les arbres, organismes à longue durée de vie, et si ce rythme est suffisant pour faire face aux changements climatiques en cours.

Une étude de l’INRAE et de l’ONF a mis en œuvre une approche rétrospective pour suivre les traces de sélection dans le génome des chênes depuis environ 300 ans. Trois futaies régulières de chêne sessile situées dans le centre et l’ouest de la France ont ainsi été étudiées. Dans chaque forêt, des individus ont été échantillonnés et regroupés par tranche d’âges correspondant approximativement à : 340, 170, 60 et 12 ans.

Les résultats de l’étude fournissent la première preuve que la sélection a opéré sur des arbres à longue durée de vie sur de courtes périodes et qu’elle continuera probablement à le faire. En effet, une augmentation des effets de la sélection naturelle dans le génome pendant les périodes plus récentes de l’anthropocène a été relevée. Ces traces sont présentes en parallèle dans les trois forêts et elles reflètent les changements documentés dans l’occurrence des événements extrêmes (sécheresses et gelées) au cours des 300 dernières années.

Outre les chênes, d’autres espèces ligneuses partageant des caractéristiques similaires pourraient également être sujettes à une sélection naturelle et permettre un suivi rétrospectif des voies évolutives et adaptatives. De telles approches peuvent améliorer nos choix de gestion pour faire face aux changements climatiques.

En Europe de l’Ouest, les forêts sont souvent situées sur des sols dégradés. Ces derniers ont généralement connu une acidification au cours du temps (d’origine atmosphérique ou sylvicole), ce qui entrave le fonctionnement de l’écosystème et diminue les services écosystémiques rendus par ces forêts.

La gestion forestière, et plus particulièrement le choix des essences, peut accélérer ou contrecarrer l’acidification du sol par la qualité de la litière produite. L’impact positif des litières « riches » sur le statut nutritionnel des sols et de l’écosystème souterrain a d’ailleurs déjà été démontré dans les jardins. Dans cette étude, l’impact de la litière riche du cerisier tardif (Prunus serotina), espèce invasive des sous-bois, a été évalué dans des peuplements mélangés où le chêne pédonculé domine. Des peuplements allant de 30 à 90 ans ont servi de sites d’étude en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne.

Les résultats montrent que la présence du cerisier tardif améliore le turn-over de la matière organique et enrichit les parties superficielles du sol en éléments minéraux. L’épaisseur de la litière diminue et passe de 7 cm sous les chênes, à 4,5 cm sous les cerisiers tardifs. La saturation en base augmente jusqu’à 25 % alors que la concentration en nitrate et la matière organique s’accroissent de 8 %. Cependant, de grandes quantités de litière « riche » sont nécessaires pour améliorer réellement les conditions de sol. Il faut en effet plus de 30 % de la surface terrière en cerisier tardif pour remarquer les effets positifs. Qui plus est, les effets sont plus marqués sur les sols sableux qui contiennent plus de particules fines (limons et argiles). Il semble donc que l’impact des efforts de restauration des sols acidifiés est le résultat de trois facteurs : qualité de la litière, quantité de litière, qualité de la station.

De nombreuses essences sont menacées par les changements climatiques. Face à ce constat, le projet français Esperense a vu le jour en 2018. Son objectif : tester des espèces et des provenances susceptibles de supporter le changement climatique. Mais attention changer d’espèce ou de provenance n’est pas sans risque. Cela peut engendrer des conséquences sur le court, moyen et long terme.

Pour prioriser l’effort expérimental, le projet a évalué les enjeux associés aux essences et leur vulnérabilité face aux changements climatiques. Les cartes produites par Esperense mettent en évidence des zones appelées « à enjeux forts », grâce à une combinaison de plusieurs critères liés à la production de bois et à la situation climatique préoccupante pour les essences en place. Celles-ci n’ont pas la prétention de prédire l’avenir mais bien de s’y préparer le mieux possible.

Les essences conseillées sont caractérisées par leur potentialité de croissance et de production de bois, leur mise en œuvre sylvicole et le risque invasif. La liste d’essence est évolutive, certaines espèces pouvant être ajoutées et d’autres enlevées en fonction des informations collectées.

Toutes les informations sont disponibles via le lien suivant.

L’Inventaire forestier national (IFN) suisse a recensé les dégâts de la faune sur les peuplements, en particulier les abroutissements sur les jeunes arbres. Même si l’épicéa, essence la plus fréquente en forêt suisse, semble peu affectée avec une intensité d’abroutissement de 3 % des arbres entre 10 et 129 cm de hauteur, ce n’est pas le cas de toutes les essences. Le sapin et le chêne sont particulièrement touchés.

Le sapin a une intensité globale d’abroutissement de 21 %. Mais, dans certaines régions, près d’un sapin sur deux subit un abroutissement. C’est une évolution de deux tiers depuis 1993, date du début des recensements. Plus l’altitude augmente, plus la régénération naturelle est clairsemée, plus l’évolution de l’abroutissement augmente. Sévère et fréquent, il défavorise grandement le sapin face à l’épicéa.

Même si le hêtre s’en sort bien avec un taux de 3 % d’abroutissement, le frêne et l’érable sont plus touchés avec  des taux respectivement de 14 et 19 %. Le chêne est l’essence la plus impactée, avec un jeune arbre sur trois abroutis, voire plus encore dans certaines régions.

S’il y a moins de régénération naturelle, la rareté des jeunes arbres entraîne une intensité d’abroutissement plus élevé de la part de la faune, en quête de nourriture. Le chêne et le sapin, qui pourraient remplacer le hêtre et l’épicéa là où ils sont vulnérables face aux changements climatiques, ne parviendront à s’implanter que si leur croissance est significative. La situation est donc préoccupante.

En 1962, l’essai « Printemps silencieux » de la biologiste américaine Rachel Carson dénonçait l’impact des pesticides sur le déclin des oiseaux chanteurs. En 2021, une nouvelle étude nous replonge dans ce sujet.

Dans celle-ci, une équipe de chercheurs de l’Université d’East Anglia au Royaume-Uni a étudié l’appauvrissement du lien entre l’homme et la nature. En effet, les sons de la nature, et les chants d’oiseaux en particulier, jouent un rôle déterminant dans le maintien de notre connexion à la nature. Cependant, le déclin généralisé des populations d’oiseaux entraîne une transformation de notre paysage sonore au fil du temps. Il n’est toutefois pas aisé d’objectiver le phénomène.

Afin de reconstituer artificiellement les paysages sonores historiques de ces vingt-cinq dernières années pour plus de 200 000 lieux, les chercheurs ont utilisé les relevés de suivi des populations en Europe et en Amérique du Nord. Ainsi, pour chaque lieu d’échantillonnage et chaque année, ils ont peuplé virtuellement une bande-son vide avec les chants d’oiseaux spécifiques. Il est ainsi possible d’écouter ces enregistrements reconstitués et de comparer le paysage sonore d’un même lieu à 20 ans d’intervalle par exemple.

Dans les bandes-son en exemple, le paysage sonore ancien est plus volumineux, mélodieux et complexe que la bande-son actuelle qui est moins vivante, moins agréable à l’oreille et qui contient même des blancs. Il est certain que l’exemple choisi est extrême, mais il illustre parfaitement la tendance mise en évidence par l’étude.

Pour chaque bande sonore, les chercheurs se sont basés sur quatre indices reflétant la « qualité et la richesse » et l’on constate que l’évolution de ces quatre indices met en évidence une perte de diversité sonore. Cette étude démontre donc la dégradation d’un des liens qui unit l’homme à la nature. Un paysage sonore actuel qui nous semble être la « norme » maintenant aurait probablement été perçu comme pauvre au cours du siècle dernier, ce qui n’est pas sans conséquence sur notre état de connexion à la nature et donc aussi sur notre bien-être.

Ces dernières années, les épidémies répétées de scolytes ont fortement impacté les forêts tant sur le plan économique qu’écologique. Pour anticiper ces épidémies à l’avenir, un monitoring efficace est nécessaire. La question se pose toutefois quant au choix des phéromones à utiliser pour le piégeage des insectes.

Une étude a été menée en ce sens en Slovénie en 2019. L’équipe de chercheurs a ainsi testé dans différentes situations cinq leurres de phéromones de synthèse déjà commercialisés. Les collectes de données ont eu lieu entre fin mars et fin septembre 2019 sur cinquante pièges à scolytes installés sur deux sites : l’un affecté par les tempêtes et l’autre pas. Ces pièges ont été relevés toutes les 1 à 2 semaines pendant toute la période. Le but de cette étude était de tester la capacité des différentes phéromones à distinguer les sites perturbés des non perturbés, ainsi que de calculer leur rapport coût/efficacité. Les résultats montrent que les leurres IT Ecolure Extra, Ipsowit et Pheroprax sont les plus efficaces dans la capture de scolytes, avec peu de prises accessoires notamment (6 % des prises). Le coût des phéromones reste faible par rapport aux coûts de la main-d’œuvre nécessaire à l’installation des pièges et à leur relevé. Sur base des données récoltées, les chercheurs ont été en mesure de créer un indice permettant d’évaluer le rapport coût/efficacité des cinq phéromones choisies. Cet indice montre que les phéromones ont des scores différents en ce qui concerne le nombre de captures de scolytes, la sensibilité aux endroits perturbés et non perturbés et le ratio de captures par rapport aux captures accessoires.

Les activités de bûcheronnage et autres travaux manuels en forêt sont physiquement éprouvants pour les professionnels du métier. Il en résulte que de nombreux travailleurs souffrent de troubles musculo-squelettiques et que l’attractivité de ces métiers est faible. C’est pourquoi le projet Extrafor a développé un exosquelette pour le travail en forêt dont la version commerciale sera prochainement disponible.

Cet exosquelette a été développé en trois grandes étapes. La première était une phase d’étude des différentes postures de travail des ouvriers forestiers sur le terrain. Les premiers prototypes ont alors pu être conçus dans un deuxième temps. La troisième étape consistait à tester les modèles sur le terrain par des professionnels. Cette étape a permis de valider le procédé et de finaliser totalement l’exosquelette et d’envisager sa mise sur le marché. Au fil du développement, il est apparu que l’exosquelette prenait tout son sens pour  l’utilisation de la débroussailleuse et du croissant mécanique.

Les professionnels estiment que l’exosquelette demande une période d’adaptation de plusieurs semaines, mais permet de diminuer les maux de dos et douleurs musculaires aux épaules.

La vente sur parc à grumes de l’association de propriétaires privés suisses ForêtNeufchâtel en décembre dernier a été très fructueuse et rappelle à nouveau que les bois de haute qualité (d’essence précieuse ou plus commune) peuvent se valoriser à leur juste valeur. Ce sont des années d’efforts de la part des forestiers qui ont mené ces arbres vers des produits de luxe pour lesquels une nouvelle vie est sur le point de commencer.

Toutes essences confondues, l’augmentation moyenne des prix de vente se situe autour de 26 %. Elle monte jusqu’à 30 % en prenant les chênes uniquement ! Le grand gagnant de cette adjudication est un chêne d’exception originaire des forêts du Galm qui s’est vendu pour environ 1900 €/m³. Les grumes les moins bien cotées sont tout de même parties à de très bons prix en frôlant les 300 €/m³.

Les essences résineuses et les autres feuillus précieux n’étaient pas aux abonnés absents et ont tous obtenu des prix honorables, évidemment fort variables d’une essence à l’autre. Une des belles surprises de cette vente est l’adjudication d’une grume de lierre pour l’excellent prix de 630 €/m³.

En résumé, une vente d’exception qui récompense justement les forestiers de la région et ses alentours pour leur travail au fil des années.

Fin 2021, c’est la France qui a vu se tenir ses « Assises de la forêt et du bois ». Dans le contexte actuel de crises climatiques et de la biodiversité, la forêt et la façon dont elle devrait être gérée sont deux sujets de plus en plus souvent abordés, menant parfois à des crispations. Le risque est grand de voir des visions en apparence opposées s’affronter : l’une valorisant l’aspect économique et l’autre l’aspect écologique. L’objectif de l’auteur de l’article est de recentrer le débat autour de trois thématiques clés : le dilemme de la souveraineté, le dilemme de la multifonctionnalité et le dilemme démocratique.

Le premier dilemme met en lumière l’échec d’une politique nationaliste d’investissements basée sur les modèles allemands et scandinaves. L’auteur suggère plutôt de se baser sur des dynamiques locales et régionales pour favoriser une bioéconomie circulaire. Le deuxième dilemme est celui de la multifonctionnalité. Selon l’auteur, il est nécessaire de mieux prendre en compte la ségrégation spatiale des différentes fonctions de la forêt qui s’opèrent sur le terrain. Le troisième dilemme enfin, met en exergue le fait que la forêt a longtemps été ignorée des débats politiques et qu’il y a donc une méconnaissance du sujet de la part de la population. On peut donc douter du fait que la politique sectorielle forestière intègre la totalité des acteurs et des parties prenantes lors des prises de décisions. Ces trois dilemmes se veulent être une base de discussion pour redéfinir les priorités d’une future politique forêt-bois de long terme.

La production primaire nette des forêts reflète leur vitalité et est susceptible d’être affectée par les changements climatiques. Il est essentiel de comprendre comment cette production primaire nette sera influencée à l’avenir par les changements environnementaux afin de créer des stratégies cohérentes d’adaptation et de préserver les services écosystémiques des forêts.

Six parcelles de suivi, installées dans des peuplements de chênes sessiles et de hêtres en Wallonie, ont fait l’objet de simulations afin d’étudier l’impact de conditions environnementales changeantes sur la production primaire nette de la forêt et deux de ses principaux moteurs : le déficit de transpiration et la période de végétation. L’influence de la fertilisation par le CO₂ et des opérations d’éclaircie a également été évaluée.

Dans un climat changeant avec un CO₂ atmosphérique constant, la production primaire nette est restée constante, l’effet négatif de l’augmentation du déficit de transpiration étant compensé par l’effet positif de périodes de végétation plus longues. Si le CO₂ atmosphérique évolue au cours du temps, la production primaire nette augmente par contre considérablement, en particulier pour les scénarios avec des émissions de gaz à effet de serre (GES) plus élevées. Dans les deux cas, l’essentiel de la variabilité est lié aux caractéristiques du site.

Les changements à long terme de la production primaire nette sont ainsi principalement déterminés par la fertilisation au CO₂, le déficit de transpiration renforcé, les périodes de végétation plus longues et les caractéristiques du site.

L’éclaircie s’est par ailleurs avérée très efficace pour réduire le déficit de transpiration, en particulier dans les peuplements dominés par le hêtre. Les forestiers pourraient régulièrement diminuer la densité des peuplements ou promouvoir la régénération des chênes, plus résistants à la sécheresse, pour limiter l’effet négatif du déficit de transpiration.