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La revue de presse mensuelle et gratuite sur la forêt et la nature

Après une forte perturbation naturelle, que ce soit une tempête, un incendie ou des scolytes ravageurs, les gestionnaires et propriétaires ont tendance à  la forêt le plus rapidement possible. En débardant le bois mort et en arrachant les systèmes racinaires encore en place, le sol est soumis à rude épreuve.

Une équipe de chercheurs suisses de la WSL (Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage) a établi qu’il était bénéfique de retarder au maximum ces opérations de nettoyage. En effet, ces zones sont propices au développement d’espèces menacées : plantes, oiseaux, insectes et champignons spécialisés ; qui n’apparaissent que dans ces zones perturbées. La WSL indique que si 75 % de la zone est laissée telle quelle, c’est 90 % de la richesse en espèces qui y sera préservée. De quoi repenser les mécanismes mis en place lors d’évènements perturbateurs, à l’heure où la forêt est de plus en plus impactée par ceux-ci.

Si nos voisins français sont confinés après 18h, il n’en va pas de même pour les scolytes qui, eux, n’ont pas besoin d’attestation pour circuler en toute liberté. Le Grand Est était la première région touchée, mais c’est maintenant la quasi-totalité des pessières du territoire qui sont frappées de plein fouet (Bourgogne-Franche-Comté, Hauts-de-France, Normandie, Auvergne Rhône-Alpes).

Le combo printemps-étés chauds et secs que nous connaissons depuis 2018 a eu pour effet une prolifération importante de l’ips typographe. Cet insecte, qui fait partie de la grande famille des scolytes, est un ravageur naturellement présent dans nos contrées dont la femelle creuse des galeries dans le cambium de l’épicéa pour y pondre ses œufs. Les larves, une fois écloses, continuent alors de créer des galeries, conduisant à la mort rapide de l’arbre.

Pour faire face à cette surmortalité, peu de solutions existent et des coupes exceptionnelles sont réalisées. Ces attaques engendrent des pertes de valeur des bois : en effet, aux dégâts causés par l’insecte lui-même, s’ajoute le risque que le bois soit déclassé par les scieurs en raison d’une coloration bleutée causée par un champignon transporté par le scolyte. Toutes ces coupes ont pour conséquence une chute des prix et une saturation du marché.

Les forestiers français ont identifié quatre leviers d’actions permettant de gérer plus efficacement cette crise : 1. Une cartographie et un suivi des populations de scolytes 2. La détection et l’évacuation rapide des arbres atteints 3. Un piégeage aux phéromones pour monitorer les populations des insectes 4. Des coupes sanitaires encadrées. Et après ? L’ONF prévoit une disparition progressive probable de l’épicéa et son remplacement par des essences plus adaptées.

La forêt couvre à peu près le tiers de la surface de l’Europe et procure une multitude de services écosystémiques. Elle fait l’objet d’attentes de plus en plus nombreuses et nouvelles de la part de la société : production de bois et autres produits (champignons, baies…), épuration de l’eau, séquestration du carbone, protection contre les catastrophes naturelles, récréation… La préservation de la biodiversité est aujourd’hui de plus en plus prise en compte dans la gestion forestière. Pourtant, l’état de la biodiversité dans les forêts européennes est très variable en raison des différences biogéographiques, socioculturelles, politiques et de conditions climatiques locales qui s’y rencontrent.

Le livre «How to balance forestry and biodiversity conservation – A view across Europe », paru récemment et téléchargeable librement (ci-dessous),  met en avant les défis auxquels la gestion forestière se voit confrontée en Europe afin de répondre aux attentes de la société et de préserver et favoriser la biodiversité en forêt.

Dans les douze premiers chapitres, quarante-quatre experts en science, politique et pratiques sylvicoles décrivent les principaux facteurs et contraintes associés aujourd’hui à la gestion forestière (législation, types de propriétés, historique, facteurs socio-structurels…). Trente-deux exemples sont ensuite présentés par leurs gestionnaires à travers dix-neuf  pays d’Europe. Ils y décrivent en détail les approches qu’ils ont mises en place pour intégrer dans leur gestion forestière les attentes locales de  services écosystémiques. Ces expériences sont synthétisées dans une section finale qui propose  une boîte à outils comprenant un ensemble de mesures applicables par les propriétaires et gestionnaires forestiers pour une gestion intégrée de leurs forêts.

La régulation de la transpiration des plantes par leurs stomates est considérée comme un facteur clé de la résistance à la sécheresse par les écophysiologistes. Les études actuelles considèrent souvent qu’en cas de sécheresse, le xylème, tissu qui conduit la sève brute vers les feuilles, est le facteur limitant. Sa vulnérabilité à la cavitation, c’est-à-dire à rompre la colonne d’eau qui doit approvisionner les cellules pour réaliser la photosynthèse, est d’ailleurs souvent évoquée lorsqu’on parle de résistance à la sécheresse.

Des chercheurs ont cependant montré que l’interaction entre le sol et les racines est un facteur important du statut hydrique des plantes, bien qu’il soit encore peu connu, tant il est difficile à mesurer. Des résultats récents ont mis en évidence que la transpiration ou plutôt son arrêt en cas de sécheresse, n’est pas uniquement due aux caractéristiques propres des plantes (capacité à stopper leur transpiration). Les racines adaptent leur conductivité mais également celle du sol à proximité, la rhizosphère, pour correspondre à la demande atmosphérique en eau, ce qui contribue à la régulation de la transpiration.

Les attaques d’insectes ravageurs en forêt se font de plus en plus fréquentes. Face à cette situation, le mélange d’essences représente une solution sylvicole efficace, comme le montre une méta-analyse (comparant plus de 600 études réalisées entre 1966 et 2019) menée par des chercheurs de l’INRAE (France) et de la Mission Biologique de Galice (Espagne). Les résultats confirment que les forêts mélangées sont plus résistantes aux attaques de la majorité des insectes herbivores par rapport à des forêts gérées en monoculture, avec une moyenne de 20 % de dégâts en moins.

Cette meilleure résistance s’explique par deux facteurs principaux. D’une part, les insectes spécialistes d’une essence sont perturbés par les signaux olfactifs et visuels des autres essences et parviennent moins facilement à trouver l’essence qu’ils recherchent. D’autre part, les forêts mélangées favorisent l’installation des prédateurs naturels qui contrôlent les populations de ravageurs.

Les chercheurs soulignent également que ce n’est pas tant le nombre d’essences différentes que le choix des essences qui importe pour la protection et conseillent de privilégier des essences différentes d’un point de vue fonctionnel. Cette méta-analyse conclut qu’il convient d’éviter les monocultures et de bien choisir les espèces associées pour maximiser la résistance par association.

En comparant des peuplements purs de pins sylvestres présentant des structures et des régimes d’éclaircies différents, des chercheurs tchèques et espagnols ont montré que les peuplements d’âges multiples étaient au moins aussi productifs que les peuplements équiennes équivalents et offrent des avantages plus importants en termes de diversité et de complexité structurelle par rapport aux peuplements réguliers. Le volume des peuplements sur les parcelles étudiées allait de 231 à 441 m³/ha avec une densité d’arbres de 276 à 996 arbres/ha. Les parcelles de recherche permanentes gérées de manière intensive (d’âges multiples) ont montré une croissance accrue de la surface terrière. La différence était également évidente pour les arbres plus âgés.

À l’heure actuelle, l’Albanie est le seul pays d’Europe à voir sa surface forestière diminuer. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, 80 % de son territoire était boisé, passant à seulement 20 % en 2019. Ces 30 dernières années, ce sont 800 000 hectares de forêts qui ont été rasés de la carte. En cause : l’exploitation forestière illégale et la corruption qui gangrène le pays.

Pourtant, l’Albanie recelait une biodiversité originale, grâce aux variétés de milieux et de climats présents sur son territoire : montagnes bien arrosées au climat continental, en passant à un climat aux influences méditerranéennes de plus en plus marquées au fur et à mesure qu’on se rapproche de la mer. Ces conditions diversifiées s’accompagnaient d’essences forestières variées.

Jusqu’à l’effondrement de l’état communiste en 1990, les forêts étaient relativement épargnées par la surexploitation. Ensuite, le pays a balancé dans l’anarchie, la corruption et la criminalité ont augmenté, le système financier albanais s’est effondré et les faillites se sont succédées, plongeant le pays et ses habitants dans la pauvreté. Les populations locales ont émigré, le trafic du bois a augmenté et la déforestation a suivi.

Résultat : la filière forêt-bois, qui représentait 2,5 % du PIB en 1990, ne compte plus aujourd’hui que pour 0,1 % de ce PIB. La transformation du bois est actuellement assurée par les artisans et quelques industries de petite ampleur, majoritairement situées près de la capitale.

En 2016, cette situation a mené le gouvernement albanais à interdire, pendant 10 ans, l’exploitation forestière à des fins industrielles et l’exportation du bois. Seules les coupes de bois de chauffage à usage domestique sont encore tolérées, mais soumises à autorisation. Conséquence : les artisans se retrouvent confrontés à une pénurie de bois d’œuvre et forcés à importer leur matériau de base à des prix trop élevés pour leurs capacités financières.

Dans l’objectif de mieux préparer l’avenir, l’EFI (European Forest Institute) et l’Université de Wageningen ont constitué la première base de données européenne couvrant toutes les perturbations forestières en Europe des 170 dernières années. La base de données a été publiée dans un article de la revue « Global Change Biology » en 2003. Toutefois, en raison d’un manque de financement, la mise à jour continue de la base de données a été interrompue.

Aujourd’hui, d’autres initiatives ont été prises pour créer des bases de données, souvent nationales et généralement axées sur un seul type de perturbation (tempêtes, insectes, incendies). Cependant, avec l’augmentation constante de l’interaction entre les différentes perturbations telles que la sécheresse et les incendies, les tempêtes et les scolytes, une base de données actualisée pour toutes les perturbations forestières en Europe est toujours nécessaire.

Le nouveau projet I-Maestro mené par l’EFI permettra de réaliser cette mise à jour en comblant le manque de données entre 2001 et 2020. Les partenaires fourniront des données sur les perturbations forestières des 20 dernières années. Ces données seront non seulement utilisées pour réaliser une mise à jour du document de 2003, mais également pour créer des scénarios sur les futures perturbations par modélisation. Les données seront en libre accès et la base de données actualisée profitera à tous, en fournissant des images plus précises des événements et des tendances du passé, ainsi que de meilleures prévisions pour l’avenir.

L’EFI invite donc tous ceux qui détiennent des informations sur les perturbations forestières à mettre leurs données à disposition pour qu’elles soient incluses dans la base de données.

L’armillaire des résineux (Armillaria ostoyae) a une aire de répartition vaste dans l’hémisphère nord et cause de sérieux dommages à de nombreuses plantes dont le douglas, qui y est extrêmement sensible. Une étude canadienne a tenté d’identifier les facteurs climatiques et dendrométriques favorisant l’expansion de ce champignon afin d’y apporter des solutions de gestion pour limiter son impact.

La surface terrière au moment de l’infection, la durée pendant laquelle il peut s’étendre, la durée de végétation par rapport à la période de gel sont les facteurs identifiés sur plusieurs sites de Colombie-Britannique. Ils distinguent les lésions causées par le champignon sous trois formes ayant des caractéristiques différentes des points de vue prolifération, résistance, etc. et dont la sévérité varie selon l’âge des plants, les microclimats locaux, les antécédents du peuplement et l’intensité des interventions sylvicoles.

Dans l’optique de garder un niveau bas d’inoculum, il est conseillé de dessoucher, d’enrichir les provenances  issues de parents résistants afin d’amener une génétique plus robuste ou encore et surtout de favoriser le mélange afin de limiter l’impact des mortalités.