Outils pour des forêts vivantes

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La revue de presse mensuelle et gratuite sur la forêt et la nature

Les captages d’eau situés en forêt se caractérisent généralement par une eau de grande qualité, tant bactériologique que chimique : elle est généralement propre à la consommation sans traitement.
Dans le canton de Vaud, en Suisse, forestiers et distributeurs d’eau se sont réunis pour élaborer des outils pratiques permettant de concrétiser un partenariat quotidien entre les propriétaires forestiers et les distributeurs d’eau potable. Cette collaboration a vu le jour sous forme d’un projet pilote initié après la tempête « Lothar », lorsque les revenus forestiers avaient chuté. Ce projet pilote a mis en avant le rôle particulièrement important des couches supérieures du sol forestier, notamment des formes d’humus, dans la purification de l’eau.
Parmi les outils développés, un catalogue de mesures visant à garantir la protection des eaux souterraines en forêt est à la base du contrat entre les exploitants d’eau et les propriétaires forestiers. Ce catalogue propose une liste de mesures préventives qui vont au-delà des dispositions légales ; elles sont réparties en quatre catégories : adaptation des objectifs de gestion en faveur des eaux souterraines (augmenter la proportion de feuillus), protection lors des interventions sylvicoles, prévention, entretien et contrôle, et sensibilisation du public sur l’eau potable issue des forêts.
Les outils développés permettent de garantir durablement la protection de la ressource eau et la préservation des fonctions forestières. Le bilan est positif : d’une part, les mondes de l’eau et de la forêt se rapprochent et d’autre part le public est sensibilisé au rôle de la forêt dans le cycle de l’eau.
Godi F., Treboux E. (2018). Contrats de confiance « Eaux et forêt ». La Forêt, 8/18.

« Chaque trimestre, l’Office économique wallon du bois publie son baromètre de l’activité au sein de la filière bois. Il propose un tableau récapitulatif des tendances par sous-secteur d’activité, des indications de conjoncture glanées auprès des professionnels wallons, ainsi qu’une sélection de graphiques contextuels utiles pour décrypter les évolutions constatées et les replacer dans un contexte plus général.
Points saillants du 2e trimestre 2018 :
OEWB, Baromètre économique, 2e semestre 2018.

Une récente étude suisse confirme le rôle primordial que jouent les tourbières dans l’atténuation du changement climatique. Les sols tourbeux sont des puits de carbone impressionnants : ils représentent à peine 3% de la surface des terres de la planète, mais stockent pas moins de 20% du carbone fixé dans les sols du monde !
Mais, cette incroyable capacité à servir de puits de carbone est rapidement perdue en cas d’exploitation agricole. Drainer les tourbières mondiales revient aujourd’hui à émettre annuellement près de 2 gigatonnes d’équivalent CO2 dans l’atmosphère ! Des émissions qui pourraient facilement être évitées en restaurant ces milieux. En effet, cette restauration demande trois fois moins d’azote et une surface bien moindre que dans le cas des sols minéraux agricoles qui, eux, nécessitent une grande quantité d’azote pour pouvoir fixer le carbone. Ainsi, protéger les tourbières, c’est bel et bien protéger le climat !
Leifeld J. & Menichetti L. (2018). The underappreciated potential of peatlands in global climate change mitigation strategies. Nature communications 9:1071. DOI : 10.1038/s41467-018-03406-6.

Après l’exploitation des arbres matures, l’installation de la régénération naturelle est essentielle dans la sylviculture à couvert continu. Malheureusement, les modèles statistiques pour prédire l’installation des semis, leur survie et leur croissance sont relativement rares et plus particulièrement dans le contexte d’un changement progressif de structure, passant de peuplements équiennes et monospécifiques vers des peuplements mélangés et irréguliers. Ce manque d’informations peut devenir problématique pour la planification de la gestion forestière et, en fin de compte, une restriction potentielle à l’adoption d’alternatives sylvicoles.
La croissance en hauteur et la densité de la régénération ont été étudiées dans 19 peuplements mélangés de sapins pectinés et épicéas à structure irrégulière. Les peuplements sont situés dans le sud-ouest de l’Allemagne et sont suivis depuis 35 ans grâce à des placettes permanentes.
La hauteur dominante des jeunes tiges s’accroit de façon significative lorsque le couvert est réduit et que l’irrégularité du peuplement est marquée. Cependant, la compétition exercée par les plus grands semis impacte de façon substantielle le développement de leurs voisins plus petits et moins à même de profiter des bonnes conditions lumineuses. Ceci indique que le couvert et la diversité de structure doivent être considérés pour estimer correctement le développement des semis en peuplements irréguliers. Qui plus est, ces résultats montrent l’importance des interventions sylvicoles pour raccourcir la période de sensibilité à l’abroutissement.
En revanche, la densité de semis n’est pas liée à l’irrégularité du peuplement, mais montre une relation positive avec la densité de l’étage dominant et l’indice de productivité.
Les semis de sapin se développent plus rapidement en hauteur que les semis d’épicéa. Une grande densité de semis de sapin influence négativement la densité de semis d’épicéa et vice versa.
Danescu A., Kohnle U., Bauhus J., Weiskittel A., Albrecht A. T. (2018). Long-term development of natural rgeneration in irregular, mixed stands of silver fir and Norway spruce. Forest Ecology and Management 430. DOI : 10.1016/j.foreco.2018.07.055.

La ronce est souvent pointée du doigt lors d’un retard de régénération. C’est le cas de certaines régions d’Amérique du Nord, où elle a semble-t-il retardé le recrutement de semis après coupe à blanc. Certaines autres régions semblent épargnées. Une étude de plusieurs années menée dans la péninsule supérieure du Michigan a donc tenté de faire la lumière sur ce mystère. Pour ce faire, 44 ouvertures forestières ont été suivies sur 15 sites de référence. Les principaux résultats indiquent que :
Ceci suggère qu’un manque de semis ou de jeunes plants dans le sous-étage est un facteur plus important impactant l’échec ou le retard de la régénération que la compétition avec la ronce. Ainsi, bien que la ronce puisse retarder la recolonisation des arbres dans certains cas, des taches persistantes de ronce peuvent aussi être considérées comme un symptôme d’une régénération inappropriée pendant les jeunes stades de développement.
Widen M.J. et al. (2018). Rubus persistence within silvicultural openings and its impact on regeneration: The influence of opening size and advance regeneration. Forest Ecology and Management 427.

Les pratiques sylvicoles sont aujourd’hui remises en causes de par l’évolution des attentes sociétales vis-à-vis de la forêt et la menace du changement climatique. Dans cette étude sont comparées le régime de monoculture avec renouvellement par coupe rase – régime très couramment pratiqué en Europe et Amérique du Nord durant ces dernières décennies – avec 3 méthodes de gestion forestière alternatives : la sylviculture à courte rotation, la sylviculture forestière mélangée et la sylviculture à couvert continu. Cette étude évalue comment ces méthodes alternatives affectent le contrôle naturel des insectes forestiers (parasites de la régénération, insectes défoliateurs et scolytes). Un accent particulier a été porté sur l’effet de la gestion forestière sur la lutte naturelle de ces parasites.
Les auteurs avancent que le recours à une des méthodes alternatives de gestion forestière aura pour effet, dans la plupart des cas, de diminuer la qualité et la quantité de la ressource disponible et d’augmenter la pression naturelle des prédateurs sur les parasites forestiers.
Alors que l’augmentation des populations de parasites causant la plupart des dégâts dans les forêts gérées d’Europe (scolytes, etc.) est principalement limitée par la quantité de matériel végétal convenant à leur reproduction, le changement de gestion forestière pourrait permettre de modifier les caractéristiques des peuplements et favoriser activement les ennemis naturels de ces parasites. Cependant, il reste à examiner dans quelles mesures de tels changements aboutiront à la diminution des dégâts aux arbres même si quelques preuves pointent d’ores et déjà dans cette direction.
Klapwijk M. J., Bylund H., Schroeder M. and Björkman C. (2016). Forest management and natural biocontrol of insect pests. Forestry 89, doi:10.1093/forestry/cpw019.

Les recherches scientifiques sur les premiers stades de la dynamique des peuplements irréguliers favorisent souvent l’étude de la régénération par rapport au recrutement des arbres dans les peuplements forestiers. Ce recrutement, ou « passage à la futaie », est défini comme le processus par lequel les jeunes arbres dépassent une certaine dimension définie (souvent le seuil d’inventaire).
Une étude menée en Slovénie a comparé la régénération (les semis et les gaules présents dans un peuplement) et le recrutement (le nombre d’arbres passant annuellement le seuil de 10 cm de diamètre à hauteur d’homme) dans deux types de peuplements irréguliers. L’objectif de l’étude était de savoir lequel de ces indicateurs (régénération ou recrutement) révèlent le plus sur la dynamique des peuplements irréguliers.
La régénération naturelle totale, et en particulier celle des espèces exigeantes en lumière, est abondante. Les espèces exigeantes en lumière se régénèrent avec plus de succès dans les peuplements irréguliers par groupe par rapport aux peuplements irréguliers par pied. Une réduction importante de la densité de régénération est relevée au cours de sa croissance, ce qui est plus néfaste pour les espèces exigeantes en lumière que pour les espèces tolérantes à l’ombre. Le nombre d’arbres recrutés semble être suffisant pour maintenir la structure irrégulière mais avec une proportion moindre d’espèces exigeantes en lumière.
Il s’avère que se concentrer à la fois sur le recrutement et sur la régénération fournit une information beaucoup plus complète sur la dynamique et le potentiel d’avenir des essences forestières dans les forêts mixtes et irrégulières car des changements spectaculaires de l’abondance et de la composition se produisent aux premiers stades de la dynamique des peuplements. Les auteurs concluent en affirmant que les deux indicateurs – régénération et recrutement – sont indispensables à la compréhension de la dynamique des peuplements dans les forêts irrégulières.
Klopcic M., Simoncic T. and Boncina A. (2015). Comparison of regeneration and recruitment of shade-tolerant and light-demanding tree species in mixed uneven-aged forests: experiences from the Dinaric region. Forestry 88, doi:10.1093/forestry/cpv021.

Le temps d’une pause à l’ombre, la « News » de l’Observatoire Wallon de la Santé des Forêts revient sur les points climatiques et phytosanitaires marquants de ces derniers mois. Il est fait état de l’été particulièrement chaud et sec et ses conséquences sur nos forêts. Puis, trois essences sont sous les feux des projecteurs dans ce résumé : le hêtre, le douglas et le frêne. Un billet de dernière minute a également été publié fin août, relatif à l’Ips typographe qui fait des ravages dans les peuplements d’épicéa en cette fin d’été.
OWSF, News juillet-août.30/08/18.

Le 21 septembre, c’est la journée internationale de lutte contre la monoculture d’arbres. Pour l’occasion, le World Rainforest Movement a lancé un événement sur Facebook, qui servira de canal de communication aux communautés, organisations sociales, militantes et militants pour diffuser messages et activités liées à cette journée. Mobilisons-nous !
World Forest Movement.

Le déficit hydrique constaté depuis plusieurs mois a des conséquences sur les jardins, les cultures mais aussi sur les forêts. Les arbres souffrent de la sécheresse. Certains ne survivront d’ailleurs pas à cet épisode météorologique exceptionnel que nous connaissons actuellement en Belgique et en Europe. Interview d’Hugues Claessens, professeur en sylviculture et en écologie forestière à Gembloux Agro-Bio Tech (Liège).
Canalzoom, 08/08/18.

« Le scientifique Franck Courchamp et l’illustrateur Mathieu Ughetti se sont associés pour créer la bande dessinée « La guerre des fourmis » qui plonge le lecteur dans ce monde méconnu au fil de six épisodes aussi haletants qu’instructifs.
Cette semaine, c’est le sixième et dernier épisode ! On termine en beauté avec des combats entre espèces et des stratégies militaires surprenantes. Bonne lecture à tous. »
Ughetti M., Courchamp F. (2018) La guerre des fourmis. The Conversation. 28/2018