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La revue de presse mensuelle et gratuite sur la forêt et la nature

Une étude scientifique européenne publiée récemment remet en question un postulat central des politiques forestières actuelles : la biomasse vivante aérienne ne constitue pas un indicateur fiable de la biodiversité forestière. À partir de la base de données multi-taxonomique Bottoms-Up, les chercheurs ont analysé les relations entre les stocks de carbone et la richesse spécifique de six groupes taxonomiques dans les forêts européennes : plantes vasculaires, bryophytes, lichens, champignons lignicoles, coléoptères saproxyliques et oiseaux.

Les résultats sont sans appel : le bois mort, couché ou debout, est un déterminant bien plus puissant de la biodiversité que la biomasse vivante. Le carbone stocké dans le bois mort couché explique jusqu’à 36 % de la variance observée chez les champignons, et favorise également les lichens épiphytes. Le bois mort debout influence positivement les coléoptères saproxyliques. À l’inverse, les plantes vasculaires régressent dès que les stocks de carbone vivant ou de bois mort couché augmentent, en raison de la fermeture du couvert et de la réduction de la lumière au sol.

L’étude souligne un paradoxe majeur : les politiques climatiques (comme REDD+ ou la stratégie forestière européenne 2030) privilégient le carbone des arbres vivants, au détriment du bois mort, pourtant central pour la biodiversité et le cycle des nutriments. L’extraction croissante des rémanents forestiers à des fins énergétiques aggrave cette pression.

Les auteurs plaident pour une gestion intégrée et proche de la nature, intégrant explicitement la conservation du bois mort dans les inventaires et les plans de restauration. La standardisation des protocoles de suivi à l’échelle européenne est présentée comme un préalable indispensable à toute politique forestière cohérente.

Le rapport sur l’état de la santé des forêts wallonnes en 2025 de l’OWSF dresse un bilan contrasté de la situation sanitaire des massifs forestiers après une décennie marquée par des extrêmes climatiques.

1. Un répit relatif mais une vigilance accrue

Après les crises majeures de 2018 à 2022, l’année 2025 montre une certaine stabilisation, grâce notamment à des périodes plus humides qui ont permis de freiner certains ravageurs. Cependant, les experts soulignent que la « mémoire biologique » des arbres reste marquée par les sécheresses passées.

2. État par essence : les points critiques

  • Le hêtre est l’essence qui inquiète le plus. Son état de santé continue de se dégrader lentement. On observe une défoliation persistante et des fructifications massives répétées qui épuisent les réserves énergétiques des arbres.
  • Les chênes, bien que plus résistants que le hêtre, montrent des signes de fatigue, particulièrement en Famenne, sur les sols schisteux qui ne retiennent pas l’eau.
  • L’épicéa connaît une accalmie car la crise des scolytes est enfin en phase de décrue. Le volume de bois scolyté a fortement chuté par rapport aux années noires, mais les populations d’insectes restent sous surveillance étroite.

 

3. Douglas : Le « nouveau » point d’attention

Longtemps considéré comme l’alternative idéale à l’épicéa, le douglas entre sous monitoring renforcé. Le rapport 2025 met en évidence des attaques de cécidomyie et de rouille suisse, ainsi que des signes de stress hydrique sur certains sols, remettant à nouveau en cause l’idée d’une essence « invulnérable ».

4. Outils de gestion

  • Le réseau DEPERIS permet désormais une vision très précise de l’évolution de la vitalité arbre par arbre.
  • Les Guides des Stations permettent d’aider les forestiers à choisir « le bon arbre au bon endroit » dans une optique de gestion raisonnée de la forêt. Après l’Ardenne, c’est la Fagne-Famenne-Calestienne qui est maintenant parue, couvrant près de 80 % de la surface forestière productive de Wallonie.

Début avril 2026, l’asbl Forêt.Nature a accueilli sur le site de Grimbiémont 21 étudiants en BTS Gestion forestière venus de Normandie, accompagnés de deux enseignants. Cette demi-journée s’inscrivait dans le cadre du travailloscope, un dispositif pédagogique grandeur nature, analogue au marteloscope, mais centré sur les travaux sylvicoles plutôt que sur le martelage.

L’exercice proposé sur ce circuit thématique portait sur trois axes complémentaires : le mélange d’essences, les interventions sur anciennes mises à blanc en cours de régénération, et l’observation des dynamiques naturelles de jeunes peuplements. Les participants ont ainsi été amenés à identifier les phases clés du développement des tiges, à choisir les moments d’intervention appropriés, et à évaluer les outils, techniques et coûts associés aux travaux sylvicoles.

Cette formation répond à un enjeu de fond : face au contexte économique contraint, de nombreux sylviculteurs s’orientent vers des pratiques plus économes en investissements, tirant davantage parti de la dynamique naturelle et du couvert continu. Le travailloscope constitue dans ce cadre un outil de formation particulièrement adapté, valorisant à la fois la réflexion et les actes techniques.

Un nouvel ouvrage paru aux éditions Quae (« Tiques et santé : biologie, maladies, maîtrise du risque », pdf gratuit) dresse le portrait des tiques dans le contexte du dérèglement climatique et des déséquilibres écologiques. Il décrit la biologie des tiques et les risques liés à la santé humaine et animale. À l’échelle européenne, les tiques sont à l’origine de la majorité des maladies vectorielles transmises à l’homme. Elles représentent le risque sanitaire le plus important.

L’ouvrage présente d’abord des éléments sur la biologie et l’écologie de ces parasites : habitats, hôtes préférés, agents pathogènes transmis, risque de piqûre, zones les plus infestées… Des stratégies sont proposées, au niveau individuel (adaptation des comportements, recours éventuel à la vaccination) ou collectif (meilleure gestion des zones de contact entre espaces naturels et zones habitées). Il invite, sans alarmisme, à une approche basée sur la vigilance.

Lancé entre 2005 et 2007 dans le cadre du programme Interreg, le projet CooRenSy (Coopération pour un Renouveau Sylvicole), porté par Forêt.Nature, visait à accompagner les gestionnaires vers la futaie irrégulière et mélangée. Vingt ans après, vingt-deux sites de démonstration ont été revisités par l’équipe Forêt.Nature dans le cadre de ses missions de formation auprès des agents du Département de la Nature et des Forêts (DNF).

Ce retour d’expérience porte sur trois types de dispositifs : plantations en placeaux, désignation d’arbres-objectifs et travaux ciblés en faveur de la régénération naturelle. Le bilan global est nuancé : seize sites sur vingt-deux affichent des résultats bons à très bons, tandis que quatre présentent des résultats médiocres à mauvais. La corrélation entre continuité de suivi et succès du dispositif est frappante : lorsque le site était connu et suivi par le gestionnaire, les résultats se révèlent positifs dans 90 % des cas.

Les principales causes d’échec sont systématiquement liées à la rupture de transmission lors du changement de gestionnaire : perte de l’historique parcellaire, arrêt des détourages, clôtures non entretenues, envahissement non contrôlé. À l’inverse, les douglas-objectifs régulièrement favorisés en éclaircie, ou les placeaux de chênes sous couvert de pins ayant bénéficié d’un suivi structuré, illustrent le potentiel de ces techniques lorsqu’elles sont correctement conduites dans la durée.

Leçon centrale : la traçabilité des actes sylvicoles (notation, géolocalisation, marquage physique et transmission documentée) conditionne l’efficacité à long terme de tout dispositif de gestion innovant en forêt.

Face à la fréquentation croissante des forêts, la Société Royale Forestière de Belgique (SRFB) propose une solution concrète pour améliorer la communication entre gestionnaires et usagers : une série de panneaux pédagogiques à déployer directement sur le terrain.

Conçus pour s’intégrer discrètement au paysage forestier, ces supports privilégient des messages courts, accessibles à tous les publics et délibérément exempts de ton moralisateur ou jargon technique. Chaque panneau traite d’une thématique précise, directement observable sur le terrain : plantation et régénération naturelle, éclaircie, mise à blanc, charte du promeneur ou gestion forestière. Un QR code complète le dispositif en renvoyant les visiteurs les plus curieux vers des contenus approfondis en ligne.

La SRFB met également à disposition de ses membres un modèle de convention de mise à disposition d’espace forestier, destiné aux propriétaires souhaitant encadrer l’accueil d’activités de groupe. Ce document adaptable offre un cadre juridique et pratique pour sécuriser l’ouverture de la forêt au public tout en préservant les objectifs de gestion.

Ces outils répondent à un enjeu de terrain récurrent : rendre lisibles et acceptables des interventions sylvicoles qui, faute d’explication, peuvent susciter incompréhension ou contestation. Pour les gestionnaires, il s’agit d’un levier de médiation simple, peu coûteux et transférable à différents contextes : forêts publiques, privées, réserves ou parcs.

En 2024 et 2025, un inventaire de la diversité en lichens a été conduit au sein du Parc National de la Semois sur 35 affleurements rocheux de la vallée. Sur l’ensemble des sites prospectés, fréquemment associés à des forêts anciennes, un total de 465 espèces a été recensé, dont 397 lichens, 59 champignons lichénicoles et 9 champignons à lichénisation incertaine. Cette étude a ainsi mis en évidence le rôle crucial des affleurements et des forêts anciennes de la vallée de la Semois comme réservoirs de biodiversité lichénique à l’échelle nationale. La richesse spécifique par site est variable, oscillant entre 61 à 158 espèces. Cet inventaire d’une importance majeure a notamment conduit à la description d’une nouvelle espèce de champignon lichénicole pour la science, Talpapellis chlorinae. De plus, 17 lichens et 8 champignons lichénicoles ont été décrits comme nouveaux pour la Belgique. Parmi ces derniers, Thelotrema suecicum, épiphyte extrêmement rare à l’échelle européenne, souligne la valeur patrimoniale des érablières de ravin comme habitats prioritaires pour la conservation. D’autres espèces sont indicatrices de forêts anciennes bien préservées, et plusieurs taxons considérés comme disparus du pays ont été redécouverts pendant les prospections. C’est notamment le cas de plusieurs espèces du genre Usnea, ou de Fuscopannaria mediterranea. Enfin, parmi les différentes essences inventoriées, les chênes se sont révélés être les arbres les plus riches en espèces épiphytes.

L’Indice de Biodiversité Potentielle (IBP), développé en 2008 et permettant aux gestionnaires forestiers de suivre et d’intégrer aisément la biodiversité taxonomique ordinaire dans leur gestion courante, est régulièrement mis à jour et adapté à d’autres régions et pays que la France. Fin février 2026, la version 3.2 a été publiée. Un changement majeur concerne le système de classification, fonction jusque-là du domaine biogéographique. Désormais, la classification est basée sur les contraintes de croissance des arbres dues aux conditions macroclimatiques. Celles-ci peuvent être :

  • faibles à moyennes,
  • élevées en raison de températures basses et d’une réduction de la saison de végétation,
  • élevées en raison de températures élevées et d’étés secs.

 

De plus, un cas supplémentaire prend en compte les conditions stationnelles locales, quel que soit le contexte macroclimatique, correspondant aux stations très peu fertiles.

Conséquence de ce système de classification modifié, une seule fiche de définition est désormais nécessaire pour tous les domaines biogéographiques. Certains seuils utilisés ont également été revus (pour le subalpin et pour la strate haute notamment).

Fruit d’une collaboration de longue date avec l’Université de Lausanne, l’étude de la Station ornithologique suisse intitulée « Faire équipe pour mieux réussir » met en lumière l’importance de la coopération au sein des couples d’Effraies des clochers pour le succès de leur reproduction.

Cette étude s’appuie sur des suivis GPS à haute résolution pour analyser les comportements individuels de ces rapaces. Les chercheurs ont découvert que chaque oiseau possède une personnalité distincte, laquelle influence directement la dynamique du couple.

Le point central de l’article est que la survie des jeunes dépend étroitement du niveau de collaboration entre les parents. Les couples qui parviennent à une meilleure coordination dans l’apport de nourriture et la protection du nid voient un plus grand nombre de petits atteindre l’envol. Cette interaction dynamique, qui mêle négociation, coopération et coordination, démontre que les soins biparentaux dans la nature sont loin d’être instinctifs ou mécaniques : ils résultent d’un véritable travail d’équipe.

En résumé, l’étude souligne que, chez l’Effraie des clochers, l’entente et la synergie entre les partenaires sont des facteurs déterminants pour la pérennité de l’espèce face aux défis environnementaux.

L’association Canopée publie le premier rapport de son Observatoire des coupes rases, élaboré avec le soutien scientifique du Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE). Le rapport s’appuie sur la méthode FORMS-T, qui exploite des données satellitaires multi-sources (imagerie radar Sentinel-1, optique Sentinel-2 et LiDAR spatial GEDI) pour cartographier à résolution de 10 mètres les pertes de couvert forestier entre mi-2018 et mi-2024 sur l’ensemble de la France métropolitaine.

Les résultats estiment à environ 61 000 hectares la surface annuelle moyenne de coupes rases détectées, avec une surface unitaire médiane de 1,7 hectare. Si une légère tendance à la baisse s’observe depuis le pic de la crise des scolytes (2018-2019), les niveaux demeurent élevés. Trois régions (Nouvelle-Aquitaine, Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est) concentrent près de 60 % des surfaces concernées. L’analyse révèle aussi des impacts significatifs en zones écologiquement sensibles : 1,37 % des coupes rases se situent en sites Natura 2000, 40 % en forêts anciennes, et près de 18 000 hectares en pentes supérieures à 30 %. Le déstockage annuel de carbone est estimé entre 11 et 16 millions de tonnes de CO₂ (usage non pérenne du bois et dégradation du sol).

Le rapport pointe un encadrement réglementaire insuffisant et formule plusieurs recommandations : développement de la sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC), instauration d’une autorisation spécifique au-delà d’un hectare, publication harmonisée de données ouvertes à l’échelle européenne, et renforcement des prérogatives des parcs naturels régionaux en matière de politique forestière territoriale.