La régénération naturelle constitue un pilier de la résilience forestière, mais sa réussite dépend d’interactions complexes entre lumière, sol, végétation concurrente et ongulés. L’article paru dans la revue Forêt.Nature en décrit la complexité, qui fait de la gestion adaptative une solution pragmatique pour objectiver l’équilibre forêt-gibier.
La régénération naturelle assure le renouvellement des peuplements forestiers par installation spontanée de semis, offrant des avantages économiques et sylvicoles. Son succès repose sur une succession d’étapes – production, dispersion, germination, installation et croissance – modulées par de multiples facteurs écologiques. La lumière détermine la composition spécifique selon la tolérance à l’ombrage des essences, tandis que le maintien d’une ambiance forestière limite le stress hydrique et la concurrence herbacée. Les interventions mécaniques du sol (scarification, buttage) peuvent faciliter l’installation mais risquent de compacter les sols et favoriser les espèces concurrentes.
Les ongulés influencent profondément la régénération forestière. En Wallonie, les populations de chevreuils et cerfs ont doublé en 30 ans, et celles de sangliers ont triplé. L’abroutissement ralentit la croissance, réduit la densité des semis et favorise les espèces moins appétentes au détriment d’essences à forte valeur adaptative comme le chêne. Le réseau d’enclos-exclos wallon confirme ces impacts, avec des réductions de densité jusqu’à un facteur deux pour certaines essences.
La gestion de l’équilibre forêt-gibier requiert une approche intégrée combinant régulation cynégétique, aménagement paysager et sylviculture adaptée. La chasse de loisir, principale source de mortalité des ongulés, génère des revenus mais nécessite une objectivation rigoureuse via des dispositifs indicateurs de pression sur la flore et un suivi des populations. Une vision paysagère favorisant la mosaïque de milieux et la disponibilité alimentaire permet d’atténuer les pressions localisées. Cette gestion adaptative, privilégiant l’apprentissage au cas par cas plutôt que des valeurs fixes, s’impose comme stratégie pragmatique face à la complexité des interactions écologiques.