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Le cerf, l’usurpateur du trône de roi de la forêt

Dans sa carte blanche publiée dans la Revue Forestière Française et critiquant une étude menée dans le massif vosgien, le docteur Francis Roucher fait partager son expérience et ses connaissances de l’espèce cerf, espèce qu’il a vu évoluer dans des milieux variés, depuis la Nouvelle Zélande, jusqu’en Patagonie, en passant par l’Écosse, les Vosges, le Jura Suisse, et encore bien d’autres.
La place du cerf au sein de nos forêts est remise en question et, plus particulièrement, la place que l’Homme lui attribue.
Tout d’abord, le cerf n’est pas un animal de forêt, mais il y a été relégué suite aux activités humaines. Il s’y accoutume, mais n’a pas connu d’adaptations à ce milieu. Pour preuve, le régime alimentaire du cerf est en fait quasi identique à celui du mouton : 90 % de graminées tendres agrémentées de légumineuses, d’herbacées et de 10 % de petits ligneux comme la bruyère, la callune et la myrtille. Le cerf est inféodé aux milieux ouverts. Il a besoin de voir loin pour assurer sa sécurité et d’être vu, par nécessité sociale, notamment au moment du rut.
Le cerf est maintenant relégué dans un milieu fermé, dans lequel il doit rester aux aguets du moindre danger qui pourrait survenir. Il doit se fier à son ouïe et son odorat et déguerpit dès qu’une présence humaine se fait sentir. En Écosse, par exemple, en milieux ouverts, où il est également chassé, il peut voir le danger arriver. Si le cerf juge que la distance par rapport au danger est suffisante, il ne fuit pas et broute paisiblement.
La forêt n’étant pas le milieu de prédilection du cerf, elle en souffre et la densité de grands cervidés en forêt est régulièrement l’objet de conflits. Outre les débats sur l’équilibre délicat à trouver, les modes de chasse et la chasse telle qu’elle est majoritairement pratiquée doivent être remis en question. Les saisons de chasse ne font que s’allonger, les animaux sont constamment dérangés et finissent par prendre le moindre promeneur pour un chasseur.
L’efficacité des tirs en battue est bien trop aléatoire et ne permet pas une chasse efficace. Les séances d’affût ou d’approche individuelles demanderaient de trop nombreuses sorties pour réaliser les prélèvements nécessaires, tout en dérangeant trop fréquemment les animaux, les rendant de plus en plus méfiants. L’auteur préconise une chasse décrite voilà déjà plusieurs siècles, la traque-affût, dont l’efficacité (généralement 1 balle par animal abattu contre 8 à 10 balles par animal en battue classique) n’est plus à démontrer. Il appelle également à prendre des décisions fortes, sans demi-mesure pour sauvegarder le bien commun que sont nos forêts, le tout dans la recherche de l’harmonie entre les différents acteurs.
Roucher F. (2016). Le cerf a-t-il encore sa place dans nos forêts ? Revue Forestière Française LXVIII-4 : 365-374

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