La disparition accélérée des pessières en Wallonie (-37 % en surface entre 1980 et 2021) conjuguée à la crise des scolytes de 2018-2022, a profondément modifié le paysage des reconstitutions forestières. Les coupes rases non replantées représentaient 7 % des mises à blanc en 2006 et atteignent près de 34 % sur la période 2013-2015. Face à cet essor, une étude s’est attachée à caractériser l’état réel de ces jeunes peuplements issus de régénération naturelle, à 16-23 ans après coupe rase, et à évaluer leur potentiel de valorisation sylvicole.
Cette étude a été réalisée par Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège), dans le cadre du Plan quinquennal de Recherches et Vulgarisation forestières, avec l’appui de la Cellule d’appui à la petite forêt privée (Filière Bois Wallonie) et des Experts Forestiers de Belgique asbl,
La méthodologie combine deux niveaux d’analyse. À l’échelle régionale, la photo-interprétation d’orthophotos successives (2001-2023) sur 11 080 points d’inventaire a permis d’identifier et de dater les mises à blanc non replantées. À l’échelle du terrain, vingt parcelles (45 hectares au total) représentatives de situations à vocation sylvicole ont fait l’objet de relevés structuraux standardisés selon la méthode PCQM, complétés par la désignation de tiges d’avenir selon l’approche QD (Qualification-Dimensionnement).
Les résultats montrent une recolonisation généralement avancée mais très hétérogène : densité moyenne de 1935 tiges/ha et surface terrière moyenne de 11 m²/ha, avec une forte variabilité inter-parcelles. Le bouleau domine (45 % de la surface terrière), devant l’épicéa (20 %) et les saules (12,5 %). La densité moyenne de tiges d’avenir s’établit à 76,5 tiges/ha. Selon la typologie croisée construite à partir du vivier d’arbres d’avenir de qualité et de la densité du peuplement de bourrage, 10 % des peuplements atteignent une réussite complète, 50 % une réussite partielle, et le reste cumule des déficits nécessitant des interventions correctrices.
L’étude recommande une approche diagnostique systématique avant toute décision de gestion : dans les situations où la régénération s’est déjà installée, il s’agit d’établir un diagnostic du peuplement puis, si nécessaire, patienter au-delà des délais habituels pour confirmer la trajectoire, et enfin, intervenir de façon ciblée (dépressage, détourage, élagage ou enrichissement localisé) selon le profil réel du peuplement.