Les changements climatiques, et en particulier l’augmentation de la fréquence des événements extrêmes, impactent la productivité des forêts et compromettent leur rôle crucial dans la régulation du cycle du carbone. Une étude menée sur les forêts de la Communauté de Madrid (Espagne centrale) entre 1985 et 2018 analyse l’impact croissant des sécheresses chaudes (épisodes de déficit hydrique et de températures extrêmes) sur la productivité forestière. En combinant les données des inventaires forestiers nationaux, relevés LiDAR et images satellites Landsat pour 748 placettes permanentes, les chercheurs ont reconstitué des séries annuelles de biomasse et de productivité.
Les résultats confirment une intensification significative du déficit de pression de vapeur (VPD) et des sécheresses en termes d’intensité, de durée et de fréquence. Si la biomasse totale a progressé depuis les années 1980, la productivité nette est restée stable, soumise à une variabilité interannuelle croissante sous l’effet des aléas climatiques.
Sous des conditions de sécheresse extrêmes et récurrentes, les forêts dominées par des espèces hautement conservatrices (fermeture stomatique prolongée en cas de stress pour éviter les phénomènes de cavitation) ont montré des pertes de productivité de plus en plus marquées, liées à l’arrêt de l’alimentation en carbone. Les forêts présentant une diversité fonctionnelle élevée en traits hydrauliques ont par contre mieux maintenu leur productivité. Les espèces très résistantes à la cavitation (ex. : Pinus sylvestris, Pinus pinaster) ne sont donc pas nécessairement les mieux armées sur le long terme face à des sécheresses de plus en plus fréquentes.
Ces résultats plaident pour une gestion sylvicole intégrant la diversification des stratégies hydrauliques au sein des peuplements, notamment en contexte méditerranéen. L’intégration des traits fonctionnels dans les modèles d’évaluation climatique et dans les plans de gestion forestière apparaît désormais indispensable.