Dans le cadre du projet interdisciplinaire « L’Appel de la Forêt », commandité par le DNF (Wallonie), l’ANF (Luxembourg) et Bruxelles Environnement, une équipe de chercheurs de l’UCLouvain a conduit une vaste enquête quantitative auprès de 1935 personnes représentatives des populations wallonne, bruxelloise francophone et luxembourgeoise.
L’étude révèle un décalage structurel entre les représentations sociales du grand public et celles des professionnels forestiers. Pour le public non expert, la forêt et l’arbre sont perçus exclusivement dans leur dimension naturelle et émotionnelle (espaces de bien-être, de tranquillité, de liberté…), sans lien avec la gestion sylvicole ni avec la ressource bois-matériau. L’abattage d’arbres, quant à lui, suscite des émotions négatives marquées (tristesse, colère, indignation…), tandis que le bois apparaît dans un univers représentationnel totalement dissocié de l’arbre sur pied.
À l’inverse, les agents des administrations forestières (DNF, ANF, Bruxelles Environnement) intègrent la multifonctionnalité de la forêt et associent spontanément l’arbre au matériau bois. Fait notable : certains forestiers expriment néanmoins de la tristesse face à l’abattage, constituant un point d’ancrage potentiel pour rapprocher professionnels et grand public.
L’étude identifie quatre profils éthiques (anthropocentrique, anthropocentrique en mutation, biocentrique et animiste bio-écocentrique) et cinq profils symboliques, fortement corrélés entre eux. Les chercheurs concluent qu’informer seul ne suffit pas : réduire le fossé cognitif et émotionnel requiert des approches de communication fondées sur la psychologie sociale.