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La revue de presse mensuelle et gratuite sur la forêt et la nature

CISyFE dresse un panorama inédit des pratiques sylvicoles mises en œuvre pour adapter les forêts aux changements climatiques en Auvergne-Rhône-Alpes. Conduite conjointement par le CNPF et l’ONF, avec le soutien de la DRAAF Auvergne-Rhône-Alpes, elle repose sur près de 3 ans de travail collaboratif entre gestionnaires et experts forestiers. Le numéro de novembre de la revue Forêt & Innovation y est consacré.

Lancé en 2022, le programme est né d’un questionnement partagé : comment maintenir les fonctions écologiques et économiques des forêts dans un contexte de stress climatique croissant ? Pour y répondre, CISyFE s’appuie sur une analyse bibliographique et un vaste retour d’expériences de terrain, mené dans les 12 départements de la région, sur des peuplements très contrastés en termes d’essences, de sols et de conditions climatiques.

Après une phase de recensement des initiatives en forêts publiques et privées, 43 actions sylvicoles ont été sélectionnées et analysées selon un protocole commun. Trois leviers d’adaptation structurent l’étude : agir sur la structure des peuplements, ajuster le capital et la densité, et faire évoluer la composition en essences. L’analyse met en évidence l’intérêt de diagnostics réguliers et de stratégies adaptatives réévaluées en continu.

Les enseignements sont rassemblés dans le catalogue CISyFE, un outil opérationnel destiné aux gestionnaires et propriétaires forestiers. Structuré en trois parties – contexte, initiatives et clés d’orientation – il est accessible librement sur le site du CNPF Auvergne-Rhône-Alpes.

Le réseau de chemins forestiers doit régulièrement être entretenu. Il est soumis à rude épreuve à cause des précipitations, du gel, de la sécheresse, de la fréquentation d’engins lourds…

En Allemagne, un projet de recherche « Contura » a développé un système de mesure qui permet d’identifier automatiquement les mesures d’entretien nécessaires et les coûts associés. L’entretien préventif des chemins permettrait d’économiser jusqu’à 80 % des coûts de maintenance.

Dans le cadre du projet, des capteurs optiques sont installés sur des véhicules qui, pendant le trajet, enregistrent l’état des chemins forestiers. Les données sont ensuite soumises à une analyse réalisée par IA : un outil de calcul détermine les travaux de réparation nécessaires.

Une vidéo explique le fonctionnement et les atouts du système (en allemand).

Dans le cadre du programme Erasmus+ Iskforclim, les 5 chargées de mission de Forêt.Nature ont réalisé une visite technique en République tchèque et en Autriche. L’objectif était l’échange de savoir-faire pour renforcer la résilience des forêts face aux changements climatiques.

La mission a débuté par une immersion dans la forêt de l’Université de Brno, en Tchéquie : une forêt laboratoire où de nombreuses techniques de gestion à couvert continu sont testées et comparées. L’entreprise forestière de l’université dispose également d’une pépinière et d’une scierie, ce qui lui permet d’avoir une vision claire de l’ensemble des opérations.

Ensuite, les discussions au sein du Parc national de Podije, à la frontière autrichienne, ont permis d’aborder les spécificités de la gestion conservatoire en zone protégée, renforçant l’expertise sur l’équilibre entre libre évolution et interventions sylvicoles ciblées.

Le volet autrichien s’est lui concentré sur la multifonctionnalité en forêt péri-urbaine. La visite des forêts de la municipalité de Vienne a mis en exergue la hiérarchisation des services écosystémiques. Ici, la gestion de la biodiversité est directement mise au service de la résilience urbaine.

Ces échanges techniques soulignent l’importance de la diversification des essences et des structures de peuplement pour sécuriser l’avenir des forêts. Les enseignements tirés de ces modèles d’Europe centrale constituent des leviers précieux pour affiner encore la gestion résiliente des forêts sur notre territoire.

Depuis plusieurs années, l’épicéa commun est particulièrement touché par un dépérissement massif. La combinaison d’épisodes de sécheresse et de pullulations de scolytes joue un rôle majeur dans ces mortalités à grande échelle, ce qui suscite des inquiétudes vis-à-vis de la viabilité future de l’espèce dans certaines régions. En Ardenne belge, où l’épicéa n’est pas indigène, un dépérissement important a été observé entre 2017 et 2022. Afin d’anticiper les risques futurs, une analyse des facteurs expliquant les attaques de scolytes a été menée.

De nombreuses données cartographiques liées au climat, aux conditions de croissance et à la gestion forestière ont été compilées à l’aide de systèmes d’information géographique et croisées avec des cartes de l’aspect sanitaire de l’épicéa issues d’images satellites. Des données lidar antérieures aux infestations ont permis de caractériser précisément les peuplements. L’ensemble de l’étude couvre environ 120 000 hectares de forêts d’épicéas en Wallonie.

L’étude a permis d’identifier les principaux facteurs de dépérissement : les peuplements de hauteur dominante élevée, proches d’anciens foyers de scolytes, situés à basse altitude ou soumis à un déficit hydrique estival croissant, sont plus fortement affectés.

Ces conclusions servent de base à des recommandations de gestion visant à limiter l’impact futur des scolytes dans un contexte de changement climatique.

Lancé en mars 2024 sous l’égide du programme Interreg Grande Région, le projet ExtraBark vise à transformer l’écorce industrielle – actuellement cantonnée à la valorisation énergétique ou au paillage – en une ressource stratégique pour la chimie verte. Ce consortium transfrontalier réunit sept partenaires (1 français, 2 luxembourgeois, 4 belges) : Valbiom, le CELABOR, Filière Bois Wallonie, l’Université de Liège Gembloux AgroBiotech, le LERMAB, le CRITT Bois et le LIST.

L’étude porte sur dix essences clés (épicéa, douglas, chêne, hêtre, etc.), sélectionnées pour leur disponibilité et leur résilience climatique. L’enjeu est d’extraire des molécules à haute valeur ajoutée pour développer des solutions de protection phytosanitaire et ligneuse. Les premiers résultats en laboratoire révèlent des perspectives prometteuses : les extraits aqueux (riches en catéchine) démontrent une efficacité herbicide, tandis que les extraits éthanoliques (contenant des acides résiniques et de la taxifoline) présentent des propriétés fongicides notables contre les pourritures du bois.

Pour le gestionnaire et l’industriel, l’intérêt réside dans la création d’une économie circulaire intégrée. Le projet prévoit une montée en échelle (pilote industriel) pour les extraits les plus performants, tout en assurant une valorisation finale des résidus lignocellulosiques en panneaux ou en combustible. En structurant cette filière, ExtraBark offre des alternatives durables aux produits phytosanitaires conventionnels et renforce la valorisation économique de chaque mètre cube de bois mobilisé sur le territoire.

À Lelystad, aux Pays-Bas, le groupe de mode danois « Bestseller » construit le plus grand entrepôt en bois d’Europe avec 23 600 m³ de bois massif, 40 900 m² de panneaux muraux en paille, une superficie de 155 000 m² et 1,5 km de façade.

Les éléments en paille sont constitués de paille densément compressée qui, grâce à l’absence d’oxygène, atteint une résistance au feu de plus de 2 heures tout en offrant d’excellentes propriétés isolantes. Des couches ventilées naturellement protègent de l’humidité, tandis que la teneur élevée en silicate de la paille offre une sécurité supplémentaire. La rapidité du montage montre à quel point la paille peut être utilisée efficacement comme élément de construction.

L’achèvement du Logistics Center West est prévu pour 2026. Avec un coût d’ environ 265 millions d’euros, il offrira bientôt un lieu de travail respectueux du climat à environ 600 employés.

Le centre logistique XXL est construit sur une péninsule artificielle de 287 000 m² dont plus de 40 % seront aménagés en espace vert, avec notamment une zone humide artificielle. Une forêt existante sera également préservée et améliorée. Le toit accueillera une prairie de plus de 30 000 m² avec des arbres fruitiers, des arbustes et des parterres de fleurs.

Un nouvel ensemble d’indicateurs « d’atténuation forestière » (EFMI – Essential Forest Mitigation Indicators) a été développé par un projet européen (Horizon Europe – OptFor-EU) afin d’aider les gestionnaires forestiers, les chercheurs et les décideurs politiques. Ces indicateurs, repris dans un rapport détaillé, visent à mieux relier les choix de gestion forestière aux enjeux climatiques et de résilience des écosystèmes. Ils ont été élaborés selon une approche collaborative réunissant scientifiques, professionnels de la forêt et élus. Cette démarche a permis de garantir la pertinence, la faisabilité et l’applicabilité des indicateurs. À partir de 130 indicateurs potentiels, le consortium a sélectionné un ensemble final de 21 indicateurs, regroupés en 6 grandes catégories.

Chaque indicateur est décrit dans une fiche synthétique précisant sa définition, les données nécessaires et son intérêt pour les politiques publiques. Intégrés au système d’aide à la décision d’OptFor-EU, ces indicateurs seront appliqués à différentes échelles afin de comparer les stratégies de gestion forestière, d’identifier des solutions durables et de soutenir les objectifs climatiques et forestiers européens.

Dans une prochaine étape, l’intégration des indicateurs dans un système d’aide à la décision permettra aux gestionnaires forestiers d’évaluer et d’optimiser leurs pratiques, contribuant ainsi de manière significative aux objectifs nationaux, européens et mondiaux en matière de réduction des émissions de carbone. Cette approche innovante renforce l’interaction entre la science, la politique et la pratique, garantissant ainsi que les écosystèmes forestiers restent résilients et capables de soutenir la décarbonisation.

L’Office fédéral de l’Environnement suisse a publié cet automne les résultats d’un projet de recherche du plan d’action Stratégie Biodiversité Suisse mené par l’équipe ValPar.CH. Le rapport est téléchargeable en français et en allemand. Pour appréhender les multiples valeurs de la nature et les services écosystémiques qu’elle fournit, les chercheurs ont abordé les trois piliers classiques : valeurs sociales, valeurs écologiques et valeurs économiques. Ils se sont aussi penchés sur les défis de la planification et de la gestion à long terme dans ce domaine comme les aspects dynamiques du développement dans un monde incertain, les conflits d’objectif, le défi de la planification globale avec estimation du financement et la définition des responsabilités et enfin le défi de la communication. Ils proposent des pistes de solution pour l’avenir avec l’identification de zones prioritaires pour la biodiversité et les services écosystémiques et une planification à l’échelle du paysage passant par différents processus. Communication et sensibilisation sont essentielles à la stratégie, tout comme un bon monitoring.

Les recommandations de l’étude suggèrent que prendre en compte les multiples valeurs de la nature ainsi que la dynamique des changements futurs permet de garantir la fonctionnalité de la biodiversité et des services écosystémiques, une approche qui serait largement soutenue par la population.

Les cinq recommandations principales sont :

  • La planification doit tenir compte des évolution futures et protéger en priorité les zones qui devraient continuer à remplir leurs fonctions malgré les changements dans les conditions futures.
  • Des processus participatifs doivent être mis en place de manière à intégrer les perspectives économiques et sociales dans les processus de planification.
  • La communication et l’éducation à la nature doivent être axées sur les différentes catégories de valeurs pour assurer l’acceptation des mesures de protection et d’entretien envisagées.
  • La responsabilité de la planification et de sa réalisation concrète doit être confiée aux organismes régionaux pour renforcer l’identification et l’engagement des parties prenantes.
  • Enfin, la gestion durable d’un réseau écologique fonctionnel d’habitats nécessite un programme spécifique avec financement, monitoring et prise en compte des aspects dynamiques.

 

Ces recommandations sont également utiles aux cantons dans leur travail de planification de l’infrastructure écologique ainsi que pour sa mise en œuvre et son développement futur.

L’association Sylv’ACCTES a célébré son dixième anniversaire au Domaine D’Amareins (Ain), réunissant ses partenaires fondateurs (Région Auvergne-Rhône-Alpes, Métropole de Lyon, Neuflize OBC) et les acteurs du terrain. Cette décennie marque le succès d’un modèle de gestion refusant les approches simplistes pour privilégier la multifonctionnalité des peuplements.

L’approche de Sylv’ACCTES repose sur quatre piliers : l’intérêt général, le consensus entre parties prenantes, l’ancrage territorial et la résilience écologique. Les échanges techniques, enrichis par l’expertise de Marc-André Selosse sur le capital sol, ont souligné l’importance de considérer la forêt comme un écosystème complexe – à la fois régulateur climatique, réservoir de biodiversité et moteur de l’économie locale.

En 10 ans, la structure a accompagné la gestion de 10 500 hectares et généré 7 millions d’euros d’investissements sylvicoles. Pour les gestionnaires, Sylv’ACCTES agit comme un véritable « démonstrateur » : l’association facilite le passage à l’action en finançant des itinéraires techniques adaptés au changement climatique et à la préservation du foncier. Ce bilan confirme son rôle de catalyseur dans l’évolution des pratiques sylvicoles vers des modèles plus durables et transférables à diverses échelles territoriales.

La Belgique se prépare à accueillir le bison d’Europe à partir de 2027, dans le Parc national de Bosland (Limbourg), dans le cadre d’un projet de restauration écologique des pâturages naturels. Cette initiative, conduite en partenariat avec le WWF-Belgique, prévoit également l’introduction de chevaux sauvages. L’objectif est de relancer les dynamiques naturelles, en laissant les grands herbivores, le vent, l’eau et la végétation modeler les paysages, réduisant ainsi la nécessité d’interventions humaines telles que le fauchage ou l’abattage.

Les bisons et les chevaux joueront un rôle clé dans la structuration des habitats : ils dispersent les graines via leurs excréments et leur pelage, favorisent l’ouverture des broussailles et stimulent la diversité floristique et faunistique. Le projet constitue également un maillon important pour la conservation du bison d’Europe, une espèce qui a frôlé l’extinction après la chasse intensive et la destruction de son habitat. Le dernier bison sauvage a été abattu dans le Caucase en 1927, mais grâce aux programmes de reproduction et de réintroduction menés depuis les années 1950, la population européenne compte désormais près de 6 800 individus, et son statut UICN a été amélioré à « quasi menacée ».

Le WWF-Belgique apporte son expertise internationale acquise aux Pays-Bas, au Danemark, en Roumanie et en Allemagne, notamment via le suivi GPS des animaux pour évaluer leurs déplacements, leur impact écologique et la coexistence avec les activités humaines. Le WWF souligne que le projet ne se limite pas à la réintroduction des animaux, mais rétablit un maillon manquant dans l’écosystème et peut devenir un modèle pour d’autres territoires belges.

Ce projet s’inscrit dans un mouvement européen plus large de conservation et de réintroduction des grands herbivores (rewilding), avec des succès notables, comme en Roumanie, où la population de bisons relâchés dans les Carpates est passée de quelques dizaines à plus de 300 individus en 10 ans, démontrant l’efficacité de la réintroduction combinée à la gestion écologique.