Comment la promotion des langues indigènes et la protection de l’environnement peuvent-elles être liées ? Ces deux enjeux se rencontrent en Écosse, où des activistes se mobilisent pour préserver les noms de lieux en gaélique et résister à leur oubli et leur anglicisation. En effet, les langues traditionnelles portent la mémoire de territoires à préserver voire restaurer. Selon l’agence gouvernementale NatureScot, la forêt calédonienne, l’écosystème forestier primitif en Écosse, ne couvre plus que 4 % de sa superficie historique, conséquence directe des Highland Clearances du 18ᵉ siècle, qui ont simultanément détruit le système clanique autochtone et provoqué la déforestation massive au profit de l’élevage ovin et de la chasse récréative.
Parallèlement, le gaélique n’est aujourd’hui parlé couramment que par 2,5 % de la population écossaise. Des linguistes et environnementalistes exploitent désormais les toponymes gaéliques comme proxy de la végétation historique. En 2024, le projet Forgotten Woodlands a ainsi recensé 15 000 toponymes associés à la présence d’arbres, superposés à des paysages actuellement dépourvus de toute couverture arborée. Ces données constituent une base scientifique pour cibler les zones de replantation, ou indiquent une continuité écologique dans le cas où l’ancien nom reflète toujours la réalité actuelle de terrain. De son côté, l’association Trees for Life mobilise cette mémoire toponymique dans son projet de réensauvagement lancé en 2023 au domaine de Dundreggan. Une pépinière d’essences natives y a été implantée, visant la replantation de 4000 hectares de forêts.